lundi 18 novembre 2013

A celles et ceux qui n’ont pas eu la possibilité de regarder ce chef-d’œuvre



LIBAN RESISTANCE
vous invite à regarder le film « INCENDIES » qu’ARTE passe ce mercredi à 20h50, à moins qu’il ne soit d’ici là déprogrammé pour les raisons que l’on connaît.

(Le film contenant des scènes violentes est déconseillé aux enfants de moins de 16 ans et aux personnes sensibles) 


Le destin d’une jeune fille libanaise d’origine chrétienne à travers celui de sa famille et de son peuple…

Son amour assassiné…Enceinte de lui, elle accouche d’un enfant…

Marqué de trois points par le fer porté au rouge, un signe distinctif au talon, cet enfant est remis à l’orphelinat ; ainsi sauve l’honneur de la famille!!!…

Elle quitte le village pour la Capitale et pour ses études universitaires, avec la détermination de récupérer son enfant…

La guerre civile fait rage…Elle milite pour la paix et pour la défense des camps des réfugiés palestiniens…En vain.

Elle décide alors de sillonner le Sud allant à la recherche de son enfant…

Témoin de massacres et de violences, elle rejoint la Résistance et parvient ainsi à liquider un des chefs fascistes…

Le camp de Kfar Ryat (nom donné dans le film au camp de détention d’Al Khiam) devient son lieu de détention…Ce camp construit à l’époque dans la bande occupée du sud Liban par l’armée israélienne…

Violée plusieurs fois par le bourreau parce qu’elle refuse à chaque fois de dénoncer, sa seule réaction après chaque viol est de chanter…On la nomme alors « La Femme qui Chante ».

Suite à ces viols répétés, elle accouche dans sa cellule de deux jumeaux…

Le destin de cette résistante ne s’arrête pas au seuil de ce camp…

La libération, puis le Canada…

Loin de son pays, elle découvre l’horreur au bord d’une piscine…

Avant de s’éteindre elle rédige trois lettres remises à son notaire, une adressée au père, la seconde au fils et la troisième aux jumeaux…



Le film commence lorsque sa fille décide de retourner au pays , à la recherche de son père et de son second frère…





Quelques fragments historiques (1973-1982) :

1- MONTEE DU FASCISME DANS LES REGIONS A MAJORITE CHRETIENNE MARONITE, AVEC SES LOTS DE MASSACRES DE REFUGIES PALESTINIENS, D'OUVRIERS SYRIENS ET DE MILITANTS DE GAUCHE...

2- LA GUERRE CIVILE ECLATE ET SE REPAND DANS LE 
PAYS AVEC SES LOTS DE MASSACRES REPETES ET DE DEPORTATION DE POPULATIONS...


3- L'ARMEE LIBANAISE DISLOQUEE, UNE FRANGE ALLIEE AU FASCISME SE DECLARE SOUS LE NOM DE "L'ARMEE DU SUD LIBAN" ET S'IMPLANTE DANS LA BANDE OCCUPEE PAR L'ARMEE SIONISTE QUI LA SOUTIENT...

4- LE CAMP DE DETENTION D'AL KHIAM EST OUVERT AVEC L'APPUI LOGISTIQUE DE L'OCCUPANT...IL SERA LE LIEU DE TORTURES ET D'ASSASSINATS DE MILITANTS ANTI FASCISTES...

5- CE CAMP DE LA MORT TOMBERA A LA LIBERATION...IL DEVIENDRA PAR LA SUITE LE HAUT LIEU DE MEMOIRE DEDIE A LA RESISTANCE LIBANAISE, UN HAUT LIEU QUE L'ON PEUT AUJOURD'HUI VISITER...





Quelques scènes du film empruntant des fragments de l’histoire d'une sale guerre civile


Tout au début du film, une scène de quelques secondes montre une violation de l’espace aérien du Liban par l’aviation militaire israélienne

Ce pays, depuis seulement Août 2006 et à ce jour, a subi 4573 violations de son espace aérien menées par Israël, sans oublier les infiltrations répétées du Tsahal dans le territoire libanais.


La scène du bus attaqué par des éléments fascistes

13 avril 1975, au matin, un accrochage entre des éléments armés de l’OLP et du parti phalangiste (Parti fasciste de Pierre Gemayel, à l’image de la Phalange espagnole) fait quatre morts dont deux hauts cadres de la Phalange; dans l’après midi, des éléments armés phalangistes ripostent en mitraillant un bus transportant vingt-sept palestiniens, les tuant tous. Cette date fut le départ d’une guerre civile qui a fait plus de 200.000 morts, 17.000 disparus, 400.000 blessés, sans oublier les milliers de familles déplacées, déportées ou ayant immigré.



Le bus au 13 avril 1975



Le bus de Ain Al Remaneh, 35 ans après


La scène des tortures au sein du camp de détention de « Kfar Ryat »

Avril 1979, le commandant Saad Haddad proclame l' « indépendance » des zones chrétiennes du Sud-Liban et donne à sa nouvelle milice le nom d'Armée du Liban Sud (ALS) qui collaborera avec l’occupant jusqu’à sa chute et sa fuite à la libération. Sur cette bande occupée du territoire nationale, le camp d’Al Khiam est construit sur cette bande occupée du territoire national avec l’appui logistique israélien ; ce camp fut le lieu de tortures et d’assassinats de résistants.



Le camp d’Al Khiam


La scène montrant la liquidation du chef des groupuscules fascistes - "La Femme qui Chante", à la fois, est et n'est pas Souha 

Né dans une famille catholique maronite en 1927, Antoine Lahd reçoit son diplôme de l'Académie militaire libanaise en 1952. Il devient chef de l'Armée du Liban Sud en 1984, après la mort de Saad Haddad.

En 1988, Lahd échappe à la tentative d’assassinat préparée par Souha Bechara, une communiste et résistante d’origine chrétienne ; Souha sera ensuite arrêtée et mise en détention en camp d’Al Khiam..

L’ALS s’effondre en mai 2000, avec le retrait israélien du sud du Liban sous le feu de la Résistance.


Quant à Lahd, il se réfugie avec sa famille à Paris, pour ensuite s’installer en Israël et ouvrir un restaurant libanais à Tel-Aviv.



Extrait d’un interview avec Souha, la résistante…le 27 mai 2000



"Je suis fière de la résistance libanaise"


Souha Bechara a été emprisonnée durant dix ans dans le sinistre pénitencier de Khiam.

Jeune militante communiste, elle avait été arrêtée le 7 novembre 1988 après avoir tenté d'assassiner le chef de l'Armée du Liban sud (ALS), le général libanais Antoine Lahad.

Grièvement blessé, ce général avait été transporté dans un hôpital israélien et avait finalement survécu, mais en restant à demi paralysé.

Quand à Souha Bechara, alors âgée de vingt ans, elle fut détenue durant une décennie au secret complet, sans recevoir de visites, ni de sa famille ni de ses avocats.

Même la Croix-Rouge Internationale se voyait refuser l'accès à la prison de Khiam.

Ce n'est qu'à la fin de sa détention que la jeune fille put enfin pu recevoir la visite de sa mère.
Pour les militaires israéliens, seuls maîtres de la zone occupée, Souha n'était rien d'autre qu'une " terroriste ". Mais pour le peuple libanais elle était devenue un symbole, celui de la nécessaire résistance à l'occupation israélienne.

Elle fut libérée en septembre 1998. Elle nous dit sa joie et son émotion à l'annonce de la libération du camp de Khiam.

Comment vivez-vous ces événements du Liban sud ?

Je suis très fière de la résistance du peuple libanais. Ensemble nous avons pu libérer notre pays. Il n'y a pas de mots pour décrire ce qu'on ressent.

C'est une joie immense et j'ai été très émue d'avoir pu parler à un de mes amis qui était emprisonné. Et je garde en ces moments de liesse le souvenir de tous les martyrs qui ont permis cette libération.

C'était formidable de voir ces 145 prisonniers retrouver leurs parents, leurs amis, et même faire connaissance, car, emmurés dans leurs cellules, ils ne se savaient qui étaient leurs compagnons de misère. Ils ont été surpris par leur libération, ils n'avaient pas de nouvelles de l'extérieur.

Comme moi, certains n'ont pas pu voir leurs familles pendant dix ans. Aucun d'entre eux n'avait été jugé.
Il n'y avait pas de procès à Khiam. Dès sa création en 1985, le camp était synonyme de torture, de non-droit, de violations des droits de l'homme, d'arbitraire. ·

A Khiam, on savait quand on y entrait - bon nombre de détenus d'ailleurs ne savaient pas pourquoi on les incarcérait - mais surtout on ignorait quand on allait en sortir. Seuls les gens transférés et détenus en Israël ont été jugés.

Est-ce que vous attendiez un dénouement aussi rapide ?

Bien que l'ALS ait déclaré qu'elle pouvait continuer le combat après le retrait israélien, sa déroute était prévisible.

C'était des miliciens payés par l'armée israélienne et qui se sont battus sans idéaux. Cette déroute nous apparaît dans la norme des choses. Des membres de l'ALS se sont rendus. Ils seront jugés selon les lois libanaises dans le respect des droits de l'homme.

Depuis votre libération, les conditions de détention avaient elles changé à
Khiam ?

Elles avaient légèrement évolué après l'intervention du comité international de la Croix Rouge pour ce qui est des traitements médicaux. Ce qui est important.
Pour le reste, les mauvais traitements, les tortures, la nourriture infecte, rien n'a changé.

Qui étaient les détenus de Khiam ?

C'était en majorité des civils libanais qui ont rejeté toute collaboration avec l'occupant et les milices.


Parmi ces civils, beaucoup de paysans qui ont refusé de quitter leurs villages. C'était une forme de résistance. Avec eux, il y a avait bien sûr des membres de la résistance armée. Le plus ancien d'entre eux est Souleiman Ramadan, dont j'attends des nouvelles avec impatience. C'est un militant communiste. Il a été arrêté en 1985. Il a été amputé des jambes et affreusement torturé. Des gens comme lui ont continué à résister du fond de leur geôle et ils ont été pour nous un vrai soutien moral.

Comment s'est organisée la résistance à l'occupation du Liban sud ?

Tous les Libanais - quelle que soit la confession - qui ont dit non à l'occupation ont apporté leur pierre à la résistance. Surtout ceux qui ont refusé de quitter les zones tenues par les Israéliens et les milices de l'ALS. 
Ils ont subi tous les malheurs de l'occupation qui a duré vingt-deux ans. Ils ont vécu sous la menace, dans la peur mais ils ont tenus bon sur
leurs terres.
Le Front national de la résistance libanaise a été fondé le 15 septembre 1982 à l'initiative du Parti communiste et il rassemblait toutes les forces politiques s'opposant à l'occupation : les socialistes, les nationalistes, les nasséristes, le mouvement Amal, le parti du Hezbollah.

Jusqu'en 1992 environ, les communistes étaient les plus actifs dans les opérations de résistance. Ces dernières années, le Hezbollah a renforcé ses actions militaires. On parle beaucoup de cette formation politique aujourd'hui. Mais aucun parti ne peut s'approprier la résistance.

Il reste encore dans les prisons israéliennes des militants communistes libanais, comme Anwar Yassine, arrêté au Liban, transféré en Israël et condamné à trente ans de prison pour avoir mené l'opération de Abou Kamha en 1987. Il y a aussi des membres du Hezbollah comme Mustapha Dirani et Abdelkarim Abeid, enlevés au Liban l'un en 1994 l'autre en 1989, maintenus en détention administrative dans une prison israélienne.

Mais il faut insister sur un point : sans la coopération des civils et l'aide de l'armée libanaise, la lutte armée n'aurait pas pu s'organiser. On ne peut pas séparer la résistance militaire de la résistance civile. Pour cette raison aujourd'hui, la libération du pays est une vraie fête pour tous les Libanais.

Al Faraby
27/05/2000