dimanche 3 novembre 2013

MON PAYS






Mon Pays

Mon pays n'est pas celui dont les frontières furent tracées par les grands de ce monde.

Mon pays, c'est d'abord et avant tout le corps d'une fillette déchiqueté par la haine en acier bourrée d’intelligences.

Mon pays, ce sont les mains douces qui fabriquent ce pain fin et frais.

Mon pays, c'est la maman tenant fort contre sa poitrine l'innocence et fuyant le déluge de feu et d'acier qui s'abat sur mon Sud.

Mon pays, ce n'est pas cette identité puant le pétrole et le dollar ; ce n'est pas non plus cette pièce flanquée tantôt d'une croix, tantôt d'un croissant, niant mon identité.

Mon pays, c’est cette jeune fille qui abandonne l’école pour travailler et venir en soutien à son père qui fait ses 13/24 pour la survie de la famille.

Mon pays, c'est celui de Khalil Joubran et de Salah El Dine ; c'est aussi celui de ce berger, à peine âgé de 14 ans, dirigeant son troupeau défiant un déluge de haines et d'abandon.

Mon pays, c'est toute sa pauvreté, seule résistante et abandonnée de tous.

Mon pays, c'est une chanson et une danse marquées à jamais dans les sillons que tracent des bras laborieux.

Mon pays, c'est ce chêne rouge, lieu de rencontre à la fois des amoureux et d'une jeunesse qui cherche sous ses ombres à comprendre le mouvement de l'Histoire.

Mon pays, c’est ce bâti solidement collé au roc des parois, déterminé à résister contre l’occupant et à éclairer les durs chemins empruntés par les pas de nos braves souvent ignorés.

Mon pays, c'est ma bien aimée violée et tenant malgré tout ce beau drapeau flanqué d'un cèdre et de blanc se mêlant au rouge de sang des innocents et des résistants tombés.

Mon pays, c'est le cartable criblé de balles que tenait jadis une fillette de mon Sud, sur son chemin d'école.

Mon pays, c'est ce pain bourré de confiture de figue que prépare cette mère à ses enfants, un pain que le touriste ne connaît pas.

Mon pays, c'est la danse de la plus belle et la plus brune des filles, celle que j'aime.

Mon pays, c'est mon grand père, aveugle, m'enseignant, durant des rudes hivers, l'aleph de ma langue et l’histoire vraie de mon peuple.

Mon pays, ce sont les miens détenus dans des geôles lointaines pour avoir osé crier : liberté et dignité.

Mon pays, c’est « le Destin » de Youssef Chahine et « Rita » de Mahmoud Darwich ; c'est aussi le poète chantant les amours et les luttes de mon peuple.

Mon pays, c'est la flûte du pauvre berger de la Bekaa, de la Montagne, du Nord comme du Sud.

Mon pays, c'est la beauté céleste des yeux de mon amour qui ne m'aime pas.

Mon pays, ce sont mes souffrances sur un sol étranger qui tente de me rejeter.

Mon pays, c’est la souffrance et le combat d’un labeur produisant toutes les richesses.

Mon pays, c’est cette enfance qui court dans le champ, défiant les BASM.

Mon pays, ce sont ces jeunes déterminés à dépolluer le sol, l’eau et l’air par amour des cèdres et des chênes.

Mon pays, c’est une jeunesse qui trace lentement mais sûrement le chemin des libertés et de la Justice, fermement attachée à la paix civile.

Mon pays, c'est enfin ce grand cœur à la fois généreux, hospitalier et résistant.

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