samedi 24 décembre 2011

AL QAIDA FRAPPE LE COEUR DE DAMAS



AVERTISSEMENT
Les vidéos comportent des passages qui risquent de choquer les enfants et les personnes sensibles...

LIBAN RESISTANCE PARTAGE LA DOULEUR DU PEUPLE DE SYRIE








21 décembre 2011



C’est le point aveugle du débat : la dette publique est une escroquerie ! En cause, la loi Pompidou-Giscard de 1973 sur la Banque de France, dite « loi Rothschild », du nom de la banque dont était issu le président français, étendue et confortée ensuite au niveau de l’Union européenne par les traités de Maastricht (article 104) et Lisbonne (article 123).
D’une seule phrase découle l’absolue spoliation dont est victime 99% de la population : « Le Trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la banque de France » .


En clair, la Banque de France a désormais interdiction de faire crédit à l’État, le condamnant à se financer en empruntant, contre intérêts, aux banques privées, au lieu de continuer à emprunter sans intérêt auprès de la banque de France qui lui appartient.

Depuis l’application de ce principe, la finance et son infime oligarchie donnent la pleine mesure de leur asservissement des peuples, en une spirale exponentielle d’accroissement des inégalités.
Le pouvoir est désormais aux mains des créanciers privés, qui l’exercent au bénéfice exclusif d’intérêts particuliers, quand la puissance publique a renoncé à son devoir de protéger l’intérêt général.

La démocratie, étymologiquement pouvoir du peuple, est morte.


On le voit en Grèce, en Irlande, au Portugal, en Espagne, en Italie, en France…

Qui gouverne ?
« La troïka », Union européenne, Fond monétaire international et Banque centrale européenne, resserrant toujours davantage son emprise jusqu’à l’étranglement des peuples.

Et l’on pérore sans fin sur les plateaux de télévisions, sur les ondes et dans les colonnes de la presse sur « l’insupportable fardeau de la dette », « la France en faillite », « les nécessaires sacrifices », que « nous ne pouvons pas continuer à vivre au-dessus de nos moyens » et que, d’ailleurs, « les Français l’ont compris ».
Inlassable propagande des conservateurs-libéraux ? Bien sûr, mais relayée par le silence complice des médias. Et c’est ainsi que s’imposent dans l’opinion les apparentes évidences biaisées qui prétendent l’austérité inéluctable, contre la justice et l’intelligence.

Deux ans d’austérité en Grèce déjà, pour quel résultat ? Avec toujours la même justification simpliste et manipulatrice, résumée par la question posée par un journaliste d’Europe 1 à Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche à la présidentielle : »Mais comment des pays européens endettés peuvent-ils faire autrement pour réduire leurs déficits ? »

Un graphique pour illustrer le propos, qui montre l’hallucinante évolution de la courbe de la dette publique.



« Ainsi, entre 1980 et 2008, la dette a augmenté de 1088 milliards d’euros et nous avons payé 1306 milliards d’euros d’intérêts », résume Mai68.org.
Faisons la soustraction : sans les intérêts illégitimes encaissés par les financiers privés, la dette publique française se serait élevée, fin 2008, à 21,4 milliards d’euros – au lieu de 1327,1 milliards ! Un escroc peut-il rêver pareil butin ?

Et personne ne dénonce jamais ce scandale absolu ! A part Mélenchon et l’extrême droite – qui ne le fait que par opportunisme, étant entendu qu’elle a toujours été au service zélé du capitalisme libéral et ne remettra donc jamais en cause son empire…

Mais les éminents confrères ? Les Calvi, Barbier, Demorand, Joffrin, Apathie, Bourdin ou qui savons-nous encore ? Ceci ressemble bien à une omerta. Et à une honteuse trahison de leur mission d’informer.



 


vendredi 23 décembre 2011




ALGERIE
22 décembre 2011


Un jeune chômeur s’est immolé par le feu, mercredi 21 décembre au soir, en plein centre de la petite ville d’Aokas, à 260 km à l’est d’Alger…



Cinq litres d’essence…Le feu…Puis plus rien de ce corps



Combien encore de nos jeunes doivent s’immoler pour que notre conscience de lutte des classes, de la nécessité historique d’une justice sociale et de l’avènement de notre pleine souveraineté sur toutes nos richesses matérielles et immatérielles se réveille en nous ?  


jeudi 22 décembre 2011





Rappel :

Aujourd'hui, à 18h, rassemblement Place Vendôme, face au ministère de la Justice,
pour la libération de notre camarade Georges Ibrahim Abdallah





ALI AUX PAYS DES MERVEILLES
22 DECEMBRE 2012



Egypte


Dans son interview avec l’antenne radio de l’armée sioniste, Monsieur Yousri Hamad, porte parole du parti salafiste égyptien « Le Nour », a déclaré que son parti respectera l’accord de paix signé avec l’entité sioniste en 1979.



Liban – Syrie

Selon les forces de sécurité libanaises, des groupes armés d’Al Qaïda se sont récemment infiltrés en Syrie à partir d’Al Aarsal, village frontalier à l’Est du pays ; suite à ces déclarations, les habitants dans cette région demandent aux autorités le déploiement de l’armée libanaise le long des frontières.



 Iraq

Selon la police iraquienne, des explosions coordonnées dans plusieurs quartiers de la capitale ont fait de dizaines de morts et plusieurs blessés ; il faut savoir qu’Al Qaïda, de tous les temps encouragée par l’Occupation Impérialiste, s’est toujours et encore acharnée non seulement à cibler les civils dans des lieux à très fortes concentrations humaines, mais aussi les combattants appartenant à la Résistance Iraquienne.

mercredi 21 décembre 2011







Rassemblement à Paris pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah

Le jeudi 22 décembre à 18 h

Place Vendôme, face au ministère de la Justice.


SOYONS NOMBREUX

mardi 6 décembre 2011

LIBERTE POUR GEORGES IBRAHIM ABDALLAH

La pétition circule déjà et elle est hébergée sur :

Signez et faites signer en ligne



Autre possibilité :

Imprimez et faites signer partout, dans les quartiers, cités, marchés,…puis scannez les feuilles remplies de signataires et transmettez-les au format .jpeg, .gif ou .pdf à l’adresse :


Important : Chaque signataire aura à indiquer si possible son adresse électronique.

 







lundi 5 décembre 2011



EXTRAIT DE WIKIPEDIA

Georges Ibrahim Abdallah est né le 2 avril 1951 à Koubeyat au Liban.

Son engagement politique débute dans les rangs du Parti national social syrien (PNSS) pour rejoindre ensuite le Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP). Il est blessé lors de l'invasion israélienne du Sud Liban en 1978.

En 1982, les FARL assassinent Charles Robert Ray, attaché militaire américain à Paris (le 18 janvier 1982), Yacov Barsimentov, diplomate israélien qui aurait été le responsable du Mossad à Paris (le 3 avril), et Robert Onan Homme, consul américain à Strasbourg.

Il est arrêté à Lyon le 24 octobre 1984, où il est condamné le 10 juillet 1986 à quatre ans de prison pour usage de faux papiers et détention d'armes et d'explosifs. Son incarcération n’était motivée que par la détention de vrais-faux papiers d’identité : un passeport délivré légalement (avec une identité fictive) par les autorités algériennes à Alger. Dans le journal-mémoire qu’il a fait éditer, Jacques Attali, le conseiller du président français François Mitterrand, écrivait : « Mercredi 6 mars 1985… il n’est inculpé que de faux et usage de faux. Il dispose d’un vrai-faux passeport algérien

Le 28 février 1987, il est condamné à la perpétuité par la cour d'assises spéciale pour complicité d'assassinat suite à la découverte dans une de ses planques d'une arme ayant servi à abattre Charles Ray et Yacov Barsimentov. Georges Ibrahim Abdallah avait alors pour avocat Jacques Vergès.

En mars 2002, sa demande de libération est rejetée. En septembre 2002, il est incarcéré à la prison de Fresnes. En novembre 2003, la juridiction de la libération conditionnelle de Pau a ordonné sa remise en liberté à condition qu'il quitte définitivement le territoire pour le 15 décembre. Dominique Perben, alors ministre de la Justice, fait appel de la décision, si bien que le 15 janvier 2004, Georges Ibrahim Abdallah voit sa libération rejetée.

Toujours incarcéré…, il est aujourd'hui emprisonné au centre pénitentiaire de Lannemezan.









EXTRAIT D’UNE PUBLICATION DANS : Hebdo Tout est à nous ! 80 (02/12/10)




Georges Ibrahim Abdallah : plus ancien prisonnier politique de France !



Depuis le 24 octobre 1984, Georges Abdallah est détenu par l’État français.

Un quart de siècle est passé, les acteurs politiques et juridiques de son dossier sont décédés ou ont quitté leurs fonctions, lui reste en prison, dans l’amnésie générale des pouvoirs publics, et sans que les médias s’émeuvent de son sort.

Alors, revenons un instant sur ce passé. Beyrouth 1982, l’armée d’occupation sioniste encercle la résistance palestinienne, Yasser Arafat et des milliers de combattants sont contraints à l’exil en Tunisie, loin de leur pays.

Les fascistes libanais et les occupants triomphent et déchaînent leur haine contre les habitants des camps de réfugiés désarmés, massacrant hommes, femmes, enfants…

Georges Abdallah est déjà un vieux combattant de la cause palestinienne. Il est communiste et révolutionnaire, proche du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), blessé lors des affrontements avec l’armée sioniste.

Une nouvelle organisation politico-militaire est alors créée : les Farl (Fractions armées révolutionnaires libanaises). Ses militants décident de frapper les représentants de l’impérialisme et du sionisme partout où ils le peuvent. Des opérations couronnées de succès sont menées en Europe : le colonel Charles Ray, responsable de la sécurité des infrastructures de l’Otan en Europe, est exécuté, ainsi que le premier attaché d’ambassade de l’État sioniste en France, éminent membre du Mossad.

Les Farl revendiquent ; Georges Abdallah est arrêté.

Au départ, il s’agit d’une simple affaire de vrai-faux passeport algérien en sa possession, mais bientôt les agents de la DST « découvrent » fort opportunément des armes dans un appartement fréquenté par Georges.

Sa responsabilité directe dans les deux actions n’a jamais été établie, mais cela n’a pas empêché les magistrats de la Cour spéciale antiterroriste de le condamner à la prison à perpétuité.

Pendant plus d’un an, il est « défendu » par un avocat payé par les services secrets français. Une telle entorse au principe de base de l’indépendance de la défense aurait dû conduire à la nullité pure et simple de toute la procédure ! Mais il fallait alors, comme le disait le ministre de l’Intérieur, Charles Pasqua, « terroriser les terroristes », tant pis pour les amalgames et pour les atteintes aux principes élémentaires de justice.

Georges Abdallah, selon les procédures prévues par la loi française, est libérable depuis 1999, mais il subit un acharnement politico-judiciaire hors du commun résumé dans cet extrait d’une note de la DST, citée lors de son dernier procès en appel : « Personnalité emblématique de la lutte antisioniste, la libération de Georges Abdallah constituerait sans nul doute, au Liban, un événement. Il sera probablement fêté comme un héros à son retour dans son pays, mais aussi par différentes mouvances engagées dans une lutte révolutionnaire. »

À l’initiative de la quasi-totalité des organisations politiques libanaises, exceptés les phalangistes, une campagne internationale pour la libération de Georges Abdallah a été lancée le 28 avril 2010 de Beyrouth…

Brisons le mur du silence autour du maintien en détention de Georges Abdallah, combattant communiste révolutionnaire internationaliste arabe, militant de la cause palestinienne.

Alain Pojolat





Déclaration de Georges Ibrahim Abdallah -

Lens, Bordeaux - 26 novembre 2011



Cher«e»s Camarades, Cher«e»s ami«e»s,


Des années, de très longues années, se sont écoulées déjà derrière ces abominables murs, et votre solidarité, dans la pluralité de votre engagement, ne m’a jamais fait défaut. Elle n’a pas faibli tout au long de cette dure captivité. Elle s’est affirmée à maintes reprises comme arme absolument indispensable face à l’enfermement et contre toute forme de capitulation et de reniement.


Aujourd’hui, à l’aube de cette vingt-huitième année de captivité, votre initiative solidaire m’apporte ainsi qu’à Salah Hamouri et à tant d’autres camarades embastillés dans les geôles sionistes de triste mémoire, beaucoup de chaleur et autant de force et de détermination.


Camarades, comme vous voyez, un peu partout dans le monde, les masses populaires par milliers, par centaines de milliers, descendent dans la rue, occupent les Places « al-Tahrir » et résistent face aux systèmes en place… La crise les pousse inéluctablement vers la révolte et la révolution… Et cela aussi bien dans les centres impérialistes du système que dans ses périphéries…


Des jeunes et des moins jeunes, des hommes des femmes, ils sont partout dans la rue … aussi bien à Rabat, au Caire, à Sanaa et Bahreïn, qu’à Athènes Rome et Lisbonne. La crise est globale et tous les espoirs sont permis


Camarades, vous n’êtes certainement pas sans savoir que, c’est toujours en assumant la solidarité avec les luttes des masses populaires que l’on apporte la solidarité la plus significative aux prisonnier«e»s révolutionnaires.


Les pays arabes dans la diversité de leurs situations constituent bel et bien « le maillon » le plus faible du système en crise. En dépit de toutes les manœuvres impérialistes, et au-delà de toutes les tentatives des réactionnaires en place, aucune perspective n’est plus viable que dans la mesure où elle s’inscrit dans un processus anticapitaliste… Bien entendu, des soubresauts réactionnaires il y en aura, seulement ce n’est plus qu’une question de temps, de peu de temps… le temps nécessaire aux masses populaires de forger leurs outils et organisations de lutte appropriés…


Camarades, face à toutes les manœuvres et agressions réactionnaires, les diverses initiatives solidaires se conjuguent et s’inscrivent d’emblée dans le mouvement global de la lutte.






Non à toutes les interventions impérialistes dans le monde arabe sous n’importe quelle forme !


À bas l’impérialisme et ses chiens de garde sionistes et leurs complices réactionnaires arabes !


À bas les dictateurs et leurs régimes capitalistes !


Honneur aux martyrs et aux peuples en lutte !


Ensemble, Camarades, nous vaincrons, et ce n’est qu’ensemble que nous vaincrons.


À vous tous Camarades mes plus chaleureuses salutations révolutionnaires.


Votre camarade Georges Abdallah

Lannemezan 26/11/2011





PETITION

Le maintien en détention depuis plus d’un quart de siècle d’un résistant libanais est, pour nous français, inadmissible, parce qu’il est un acte politique décidé à Tel Aviv et à Washington, foulant aux pieds le principe républicain de Séparation des Pouvoirs…

Supposons (car il reste à prouver) que ce résistant ait participé à l’exécution d’un membre du Mossad et d’un responsable de l’OTAN en Europe ; mais alors croyons-nous que Jean Moulin aurait hésité une seconde pour exécuter un responsable de la Gestapo ou un responsable militaire européen collaborateur, lors de l’occupation de notre pays par l’Allemagne Nazie ? Imaginons les autorités françaises d’aujourd’hui, projetées dans ce passé non lointain, arrêtant Jean et le condamnant à perpétuité pour ses actes de résistance.

Nous français, dans toutes nos diversités culturelle, cultuelle et ethnique, nous nous engageons à répondre à cet acte politique qui bafoue à la fois la souveraineté de notre pays et l’un des principes fondateurs de la République, si la veille du 22 avril 2012, Georges Ibrahim Abdallah n’est toujours pas libéré.

Les signataires :
Raymond Richa, Ingénieur
Janine Borel



samedi 3 décembre 2011






DE QUEL « PRINTEMPS » S’AGIRA-T-IL PROCHAINEMENT ?


 
Selon des rapports spéciaux et des sources bien informées au sujet de rencontres secrètes dans plusieurs capitales, entre autre Tel Aviv, Qatar et l’entité sioniste étudient la possibilité d’un état palestinien au détriment de la Jordanie ; ces rencontres secrètes sont encouragées par les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite.

 
Selon ces mêmes sources, les deux parties considèrent que le temps est venu pour concrétiser cette solution en commençant par les mesures unilatérales de l’Occupation en Cisjordanie Occupée, profitant ainsi de la focalisation des arabes sur les évènements qui se déroulent en Egypte et en Syrie, deux pays de poids quant à leur soutien à la Cause Palestinienne.

 
Toujours selon ces sources, les responsables qataris avaient informé l’entité sioniste que le chaos sur le sol syrien et la déstabilisation de la Syrie faciliteront la propagation de l’instabilité en Jordanie et dans les territoires occupés, et que des préparatifs concernant la Jordanie sont en cours, en coordination tenue secrète avec les américains et les dirigeants des pays du Golfe et avec la contribution d’éléments locaux secrètement liés à Daouha.



Les rapports ajoutent également qu’une parfaite entente règne dans les relations entre Qatar et l’entité sioniste et que l’ultime objectif commun de leurs manœuvres est la solution finale au problème palestinien qui se concrétisera au détriment de la Jordanie, cette solution ayant été depuis plusieurs années pensée et soutenue par les partis sionistes de droite.
















L'échec du complot passe par l'unité populaire pour l'accès de la Syrie Résistante au pluralisme et à la Justice Sociale



Rares témoignages (suite) :

Dans la Vallée de l'Oronte



Chers amis,


Je reprends mon récit à partir de ce que j’ai entendu cette semaine sur la Syrie dans nos media, et en particulier sur Homs.

« Images volées qui mettent en danger la vie de ceux qui font ces images », « au-delà (sic) de la barbarie » (?!). « D’abord qu’est-ce qui reste de la ville ? On a des images de l’Egypte, mais de la Syrie rien ou presque rien » . Et pas grand-chose de plus après ces émissions et reportages.

J’illustrerai mon récit, aujourd’hui et plus tard, par quelques photos, faites à visages découverts : le mien et ceux des gens que j’ai photographiés avec leur permission ou à leur demande. Je mettrai tout au long de mon récit les dates, noms des lieux et des gens rencontrés. Au point de sauvagerie irrationnelle où en est l’agression contre la Syrie, tous ces témoins savent que rien ne peut les protéger contre les agresseurs : ils demandent qu’au moins on dise ce qui leur arrive.

J’appelle escadrons de la mort, sur la base des informations que nous avons tous entendus (voir reportages de nos collègues journalistes belges non suspects de complicité idéologique avec le régime ), les groupes d’assaillants arrivant d’au-delà des frontières, armés parfois de façon très sophistiquée et coûteuse, nécessitant donc un entraînement militaire dans des camps (Liban ? Turquie) et embauchant sur place des Syriens appâtés par le gain : « délinquants de droit commun », « drogués », « malades mentaux », « faibles d’esprit ». Tarifs rapportés par certains interlocuteurs : 100 dollars pour une manifestation « pacifique » contre le gouvernement, 400 dollars pour le coup de feu (et atrocités qui vont avec) : équivalent du salaire syrien mensuel moyen. Qui paye ? Qui entraîne ? Qui commande ?

Des réponses seront proposées par les gens rencontrés : pas par des anonymes, et pas, comme disent D. Pujadas et Martine Laroche-Joubert , avec des images « volées » de quelques secondes chacune, « car c’est très difficile, très dangereux » de faire des photos ou des films en Syrie : c’est faux, tous les membres de notre groupe qui peuvent parler librement, c’est-à-dire sans contrôle ou commandes de leurs rédactions, peuvent en témoigner.

Je donnerai aussi tout au long de ce récit des détails qui vous paraîtront peut-être inutiles et/ou incongrus mais qui montreront justement dans quelle atmosphère on peut pour le moment faire des photos, parler, enregistrer des passants, et se déplacer même à Homs et dans ses alentours, dans la semaine du 13 au 19 novembre 2011. Quand je ne donnerai pas précisément les noms de lieux et de personnes, c’est que je ne serai pas arrivée à transcrire les mots arabes, et/ou que mon matériel de journaliste très amateur était défaillant ou incomplet. Des cahiers, carnets et crayons font aussi l’affaire mais quand on écrit vite on a du mal à se relire… Vous pourrez compléter le plus souvent avec les autres textes et travaux d’autres rédacteurs, membres de notre groupe.



Nous sommes partis mardi 16 novembre en fin de matinée du monastère de Saint Jacques l’Intercis (voir : http://www.maryakub.org/ ), pour un rendez-vous à 13h chez le gouverneur de la région de Homs (équivalent d’un préfet de région ici). Nous avons pris l’autoroute venant de Damas et allant à Alep via Homs. Route bien asphaltée qui longe en partie les Monts de l’Anti-Liban : paysages arides avec ce jour-là de beaux nuages dans le ciel (photo 1).

(photo 1)

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1-Stéphane Paoli interviewe Manon Loizeau, « 3D », dimanche 27 novembre :



http://www.franceinter.fr/emission-3d-le-journal-la-syrie-et-le-tpi-tribunal-penal-international-un-tribunal-independant



http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=225365



2-Liens en fin de ma lettre Chemins de Damas, pour les émissions et articles de la RTBF et Libre Belgique.


3-Journal de France 2 mardi 29 novembre à 20h, invitée sur le plateau M. Laroche-Joubert
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Froid. A mi parcours environ, nous faisons une halte sur le bas-côté, qu’on appellerait ici bande d’arrêt d’urgence. Le chauffeur nous indique qu’on peut acheter quelque chose à manger : il y a sur le bord de l’autoroute une sorte de petit abri sous lequel un jeune homme fait des pizzas dans un four traditionnel : la pizza est cuite sur la cendre (photo 2).

(Photo 2)



Nous en achèterons dix parts pour l’équivalent d’un peu moins de trois euros. Exquises. Nous les mangeons tranquillement en bavardant avec le « pizzaiolo » : j’apprends que la pizza n’a pas été inventée à Naples mais ici en Syrie. A vérifier, puisque, là aussi, nous pourrions être victimes d’intoxication (pas alimentaire, du « régime »). Quelques uns d’entre nous s’éloignent de la route à la recherche d’un « petit coin ».

De l’autre côté de l’autoroute, une statue monumentale de Hafez El-Assad domine la colline (photo 3).

(Photo 3)



Arrivée à Homs , après environ 1 heure de route, à vitesse constante et tranquille ; pas le moindre barrage, pas le moindre check-point à photographier… Au grand rond-point de l’arrivée à Homs, où trône une autre statue d’Hafez al-Assad de taille tout à fait raisonnable par rapport à celle de l’autoroute, enfin un « check-point », mais plutôt pitoyable : quelques sacs de sable sur le bord de la route (qui ne la barrent pas), d’un mètre de hauteur environ, un petit drapeau effiloché planté dessus, et le portrait de Bachar al-Assad posé à côté (avec un petit bouquet de fleurs en plastique). Les trois ou quatre soldats qui sont censés faire un check-point nous font signe de nous arrêter (photo 4) :


(Photo 4)



une voiture nous attend sur le côté qui va nous guider vers le rendez-vous avec le gouverneur. Trois ou quatre hommes en costume ou manteau, et cravate, sans doute des fonctionnaires ou membres du parti Baas, vont nous accompagner sans discrétion pendant toute l’après-midi à Homs. Pas d’escorte pour nous surveiller, nous protéger ni nous ouvrir la route qui de toutes façons est tout à fait ouverte : il y a de la circulation dans Homs à cette heure-là, mais pas d’embouteillage. Sur les trottoirs, vie apparemment banale de passants et enfants ou jeunes peut-être sur le chemin de l’école. La plupart sont seuls ou en petits groupes comme on peut en voir chez nous. Notre minicar n’attire pas l’attention. Nous ne traversons qu’une partie de cette ville qui est paraît-il très grande (plus d’un million et demi d’habitants) ; nous n’avons peut-être pas eu autant de temps pour circuler que Manon Loizeau, clandestine et guidée par les « insurgés », qui a déclaré sans peur du ridicule « nous ne voyons pas l’armée de Bachar al-Assad mais elle est partout ». Nous arrivons dans une villa sans barrage à l’entrée et, en apparence au moins, peu sécurisée par des troupes armées. Dans le hall de la villa, oui, forces de sécurité discrètes mais présentes. Qui restent à l’écart et bavardent de façon parfois bruyante, pendant l’entrevue avec le gouverneur Ghassan Abdel-Al et trois membres d’Eglises dont je n’ai pas noté les différentes obédiences ; l’un des trois sert d’interprète (photo 5).

(Photo 5)



On nous sert cafés et thés, et quelques biscuits. A la fin de la séance, une jeune femme vient nous servir un sandwich (très bien garni) et une boisson chacun, à emporter : pas de réception luxueuse mais une hospitalité chaleureuse.

Le gouverneur (arrivé après le début de la crise) résume la situation à Homs, depuis le début des événements. Je ne rapporterai ici de son intervention que la réponse à ma question, à la fin de notre débat : « Avez-vous dû fermer les écoles pendant les journées les plus dures de ce que les media européens nous ont décrit comme une "insurrection" populaire ? Avez-vous dû fermer les services publics, et les marchés ont-ils pu continuer à être approvisionnés ? »
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4- http://fr.wikipedia.org/wiki/Homs
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Réponse (extraits) :

« Les mouvements (des groupes armés) ont souvent eu lieu au moment ou juste avant l’ouverture des écoles (comme les premiers bombardements à Gaza, le samedi 27 décembre 2008, à 11h30, ndr) ; je ne peux pas du tout accepter que quiconque puisse arrêter ou troubler la vie de nos étudiants ; il y a eu des attaques, des troubles qui essayaient d’empêcher les écoles d’ouvrir, d’empêcher les enfants d’aller à l’école ; des coups de feu le matin pour jeter la panique, pour terroriser la population et contraindre les familles à garder leurs enfants chez eux. ; ils ont attaqué et brûlé 7 établissements scolaires.

[…] Le samedi (12 novembre) après la résolution de la Ligue Arabe, des gens ont manifesté pour dire qu’ils n’étaient pas d’accord » [avec sa position de ne pas faire intervenir l‘armée ou les forces de sécurité contre les fauteurs de troubles ; les manifestants demandaient le déploiement de ces forces dans les rues et sur les toits des immeubles pour protéger la population].

« A Homs et district il y a 1630 établissements scolaires (vérification faite ensuite car mes notes me semblaient incertaines) et une dizaine d’écoles ont dû être fermées pendant plusieurs jours, dans le quartier de [X] (je n’ai pas su transcrire le nom arabe) où ont eu lieu les plus gros troubles » ; cela nous donne une proportion de l’ampleur des troubles dans la totalité de la ville. « Le territoire de Homs équivaut à peu près à quatre fois la superficie du Liban ».

« Il y a eu 755 civils tués, 142 militaires (police et soldats, qui sont des conscrits), les listes des victimes (blessées, enlevées et tuées) sont à votre disposition (Mère Agnes-Mariam a recueilli ces listes, elle les fournit à qui les demandera et voudra bien les traduire de l’arabe).

Question d’un autre membre du groupe : qui sont les agresseurs ?

Réponse du gouverneur : « Pensez-vous qu’il soit possible de dire que c’est l’Etat qui tire sur ses citoyens en tant qu’Etat ? »



Intervention de l’archevêque de Homs (je n’ai pas noté son nom).

« […] Je voudrais commencer par parler des troubles fomentés par certains media : Al Jazeera, Al Arabya, et au Liban, et vous dire ce que j’ai vu de mes propres yeux.

Devant la porte de l’archevêché, dans le quartier ancien de Homs, j’ai vu un homme sur sa mobylette qui parlait avec un correspondant de Al Jazeera et qui disait "voilà je suis à Deraa et j’entends des coups de feu très forts". C’est notre gros problème : nous vivons surtout ces troubles médiatiques ; nous en tant que chrétiens, nous ne sommes pas isolés dans ce pays, nous existons, nous avons une histoire de 600 ans avant l’Islam et nous avons collaboré quand l’Islam est arrivé dans cette région, nous avons collaboré ensemble à faire l’histoire et notre civilisation. Je voudrais vous assurer que nous n’avons aucun complexe d’infériorité, ni de peur ni de phobie et que nous travaillons en toute liberté.

Le problème est arrivé ici et a touché tous les Syriens. En tant que chrétiens nous nous trouvons dans tous les domaines et fonctions publics.

Quand nous parlons de groupes armés, peut-être y a-t-il même des chrétiens faibles d’esprit qui font partie de ces groupes armés ? Nous avons eu des martyrs, des chrétiens victimes de ces groupes, et ces groupes armés ont fait courir le bruit que c’était des militaires qui ont tiré, alors qu’on nous a dit, à nous, on vous tue parce que vous collaborez avec le régime.

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5- Selon les statistiques de 2008 du ministère de l’éducation, 1727 établissements scolaires (primaire et secondaire) à Homs, pour une population de 375.000 élèves, et 36.000 lycéens, sur une population globale de plus d’ 1million et demi d’habitants. Informations fournies à ma demande par une amie syrienne à Marseille qui a interrogé des amis habitant à Homs. A vérifier si nécessaire.
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Les manifestations ont commencé par être calmes, puis avec des armes blanches, puis tout d’un coup (ce mot « tout d’un coup » est quelque chose qui revient dans tous les récits, partout, quels que soient les personnes que nous avons rencontrées, ndr) il y a eu des armes très sophistiquées, d’origine européenne, américaine (« des balles à un euro pièce » nous dira plus tard un militaire : « qui peut les payer ? »).

Il y a une absurdité : comment peut-on parler de manifestations pacifiques quand on voit toutes ces armes ? »



Intervention d’un opposant présent à cette réunion, écrivain et poète, qui a participé aux rencontres consultatives du dialogue national, il parle en arabe.

« J’habite dans une rue où vivent plusieurs confessions ; nous n’avons jamais connu de conflits confessionnels ; nous nous demandons d’où est venue cette calamité confessionnelle. A ceux qui ne savent pas nous disons que ce sont les services de la Cia qui ont fondé ces groupes terroristes qui lancent leurs anathèmes.

La Cia a formé les groupes talibans en Afghanistan, les a exportés dans les régions qu’elle veut déstabiliser. Pourquoi ?

Le problème axial de cette région c’est le problème de l’occupation israélienne de la Palestine, de ceux qui veulent en Palestine une nation juive, qui agissent parallèlement aux USA et centres de décision européenne pour déstabiliser la Syrie sur des bases confessionnelles […].

J’attire votre attention sur le fait que les forces de l’ordre [ont eu] à affronter les manifestations sans aucune arme alors que nous citoyens demandions le contraire ». Je reviendrai sur les ordres de ne pas tirer sur les manifestants donnés par le président Assad, dans le récit fait par un sergent que nous avons rencontré le lendemain à Baniyas.

« Aujourd’hui la Syrie se construit par un rassemblement consultatif qui rassemble différentes factions politiques syriennes, c’est le président de la République qui l’a lancé. Il est allé plus haut que ce que les factions opposantes ont demandé. Accords 1) sur le multipartisme, 2) loi sur les élections générales, 3) loi pour la liberté de la presse, et d’autres lois traitant du multipartisme.

L’opposition n’est pas cohérente (homogène ? ndr) dans ses orientations ; elle a été créée par la Turquie et les services secrets de l’OTAN : c’est le Conseil national formé et proclamé à Istanbul (présidé par Burhan Ghalioun, ndr). Ceux-là refusent tout dialogue avec l’Etat. Mais il existe des forces d’opposition à l’intérieur (de la Syrie, Ndr) qui ont ouvert le dialogue avec l’Etat. Nous avons le problème de l’absence de fiabilité médiatique dans le monde. Les media qui sont venus et ont constatés les charniers de cadavres découpés à la scie sont retournés chez eux et n’ont pas montré ce qu’ils ont filmé. Nous sommes dans un ghetto médiatique, dans un blocus médiatique et nous supplions ceux qui ont au cœur justice et équité, et tendresse et compassion […] et qui oeuvrent dans le monde, de montrer la vérité. Nous ne voulons rien d’autre que la vérité ».



Nous quittons nos hôtes en fin d’après-midi pour nous diriger vers un quartier où se trouve une manifestation : les gens sont en rang le long du trottoir avec des jerricans vides, ils font la queue pour une distribution de mazout pour le chauffage. Ils refusent qu’on les prenne en photo. De là, nous rejoignons un groupe de manifestants qui réclament le départ du gouverneur à cause de son incapacité à faire baisser le prix du fuel et de son refus (pour le moment) de faire poster l’armée dans les rues et sur les toits pour protéger les habitants : la manifestation n’est pas hostile à Assad, ils ont aussi des portraits du président mais réclament le changement du gouverneur. Quand ils apprennent qui nous sommes, un groupe nous emmène vers un petit hôpital de quartier (dispensaire ?) où nous rencontrons, dans un climat un peu confus, des rescapés blessés par les groupes armés ; ils montrent leurs blessures, racontent les embuscades : vous trouverez ces témoignages (en partie) dans les articles de nos collègues journalistes belges. Une femme médecin-anesthésiste arrive au bout d’une demi-heure peut-être, de chez elle où elle a été prévenue, et raconte ; elle montre la photo sur son portable d’une fillette de 3 ans assassinée, qu’elle a reçue en urgence à l’hôpital.

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6-  Email : aaalnaem@gmail.com
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Un autre nous montre une vidéo qui circule sur Internet, postée par les groupes armés pour terroriser la population : pourquoi Manon Loizeau et M. Laroche-Joubert ne nous les ont-elles pas montrées, celles-là, d’images « volées » ? Filmée par les assassins, c’est l’égorgement d’un homme enlevé par les groupes armés : c’est insoutenable. Je ne regarde plus aucune de ces vidéos qu’on nous montre. Je m’éloigne et photographie la petite pharmacie du dispensaire (photo 6), pour le moment encore bien achalandée malgré notre embargo et nos sanctions. Combien de temps les patients du quartier trouveront-ils encore ces médicaments courants ?


(Photo 6)



A propos des effets, sur l’approvisionnement en médicaments et mazout, de l’embargo et des sanctions imposés grâce à nos régime européens, j’insère ici le courrier d’une Syrienne travaillant à Paris, jusqu’ici opposante au régime mais consciente des priorités actuelles d’union nationale, dont le père est mort d’un cancer cet été à Homs. Elle m’a contactée après avoir lu ma lettre Chemins de Damas : « le médicament qu'aurait dû tenter mon père, est fabriqué par Bristol-Myers Sqibb qui pratique un embargo sur la Syrie, donc pas de médicament, et cette firme honorable, contrairement à Pfizer, n'accorde pas de médicament à usage compassionnel, ça ne fait pas partie de leur politique. (ordre d'idée du coût : 4300 euros/mois).

Il y a sérieusement une pénurie de mazout (contrebande) et d'électricité (la Turquie ne fournit plus), et s'ensuivront d'autres pénuries par voie de conséquences ».



Dehors, devant l’hôpital, des enfants et adolescents attroupés chahutent (photo 7).


(Photo 7)



Il fait nuit dans Homs, et il fait froid, je monte m’abriter dans le minicar, je suis transie, choquée et vidée par ce que j’ai vu dans le dispensaire ; je n’attends plus qu’une chose, rentrer au plus vite au monastère, m’abriter dans la communauté. Qui pourtant est isolée.

Nous y arriverons sans problème par le même trajet que le matin, dans le trafic banal de la grand route, où l’on voyage nettement plus discrètement qu’ « à moto à travers champs [et pleins phares], pour échapper à la surveillance des forces de la répression » (sic) (cf. reportages de Sofia Amara, M. Loizeau et Laroche-Joubert). J’espère que les téléspectateurs auront aussi relevé ces détails grotesques et incohérents.

Je me permets de dire au passage à Manon Loizeau de soigner davantage les détails de sa mise en scène : quand on doit courir pour échapper aux tirs de forces de sécurité qui vous traque[raie]nt, il vaut mieux enfiler les deux bretelles de son sac à dos, plutôt que de le porter négligemment en bandoulière. C’est plus commode pour courir et plus crédible et cohérent avec la bande sonore de la caméra qui la filme « courageusement » etc. Ces reportages « de guerre », faits à des tables de montage à Paris, sont cocasses si on ouvre bien les yeux et les oreilles. Les téléspectateurs et auditeurs perspicaces remarqueront (allez revoir les vidéos) le peu d’éléments précis donnés ; pas de dates notamment.

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7-  ”together we can prevail” …! http://www.bms.com/careers/Pages/home.aspx
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En partant de Homs, vers 19h environ, je remarque sur le bord de la route une femme avec une jeune adolescente qui s’apprêtent à traverser : elles sont chargées de cabas. Elles n’ont pas l’air d’être apeurées ; moi, je suis très étonnée de les voir marcher seules au bord de cette route de la banlieue de Homs, pas très éclairée…

A propos de la population de Homs, autre remarque par respect pour cette population qu’elle dit avoir rencontrée, mais aussi pour sa fiabilité de reporter du service public, concernant l’ « exceptionnelle enquête journalistique en Syrie » et « grandissime (sic) reportage de Laroche-Joubert » : il n’y a pas « 800.000 habitants à Homs » mais 1.647.000 .



Le soir au monastère, Agnes-Mariam nous montre une autre liste, fournie par les hôpitaux, liste complète des soldats et civils tués jusqu’au 23 oct. : 790 soldats et forces de l’ordre et 372 civils massacrés par des groupes armés. Non rapportée par l’ONU qui tient ses listes (non publiées) de l’Observatoire Syrien des Droits de l’homme, à Londres .

Massacrés signifie torturés, dépecés. Je ne donnerai pas les détails de ces atrocités. Je reprendrai par contre une phrase d’un des « révolutionnaires » qui a servi de guide à M. Loizeau « ils [les « shahibas », les « agents du régime »] tuent les gens comme des chiens » : chez les gens que nous avons rencontrés, rescapés ou familles des victimes, je n’ai jamais entendu ce mot, chien, ni pour rendre compte des massacres ni pour parler des agresseurs de leurs proches : mais par contre les termes sauvagerie, barbarie, terrorisme. Qui sont les « chiens » ?

Autre remarque linguistique à propos des images qualifiées de « volées » par nos reporters de guerre : journalistes ou pas, nous n’avons dans notre groupe « volé » aucune photo, aucune image ; les gens que nous avons interviewé l’ont fait en toute connaissance de cause de l’utilisation possible de leur témoignages, oral ou filmé. Que signifie alors « image volée » ? Dans un vol, le voleur généralement lèse ses victimes mais lui, ainsi que tous les receleurs qui en profitent ensuite jusqu’au sommet de l’échelle des complicités, tire bénéfice de son larcin.

Manon Loizeau, Martine Laroche-Joubert, Sofia Amara, de qui parlez-vous quand vous évoquez ces images volées -à qui, par qui et pour qui ?- que vous utilisez pour faire vos reportages ?

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8- http://tvmag.lefigaro.fr/programme-tv/article/evenement/66123/grandissime-reportage-de-laroche-joubert.html




9- Voir http://www.francetv.fr/info/au-coeur-de-la-revolution-syrienne_33819.html , à 1’41 du reportage.


10- Statistiques de 2007 sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Homs : j’avais entendu : 1,5 million environ.


11- Voir article de C. Baulieu : extrait : « L’OSDH (le prétendu Observatoire Syrien des Droits de l’Homme) basé à Londres, donne quotidiennement un nombre de morts sans préciser le noms de ces victimes présumées, et n’indique jamais non plus s’il s’agit de forces de l’ordre. Un ex-correspondant d’Al Jazeera et actuel journaliste de la TV syrienne d’information continue, est parvenu à se procurer la liste d’une centaine de noms, liste dont il a entrepris la vérification auprès des familles et qui s’est avérée fausse (abandon des recherches après la quarantième personne) ». http://www.comite-valmy.org/spip.php?article2057
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Et que penser de reportages de service public qui ne donnent la parole qu’à une des parties en présence -opposée au gouvernement- dans un pays avec lequel nous ne sommes pas (officiellement) en guerre ? Et où l’on qualifie l’armée régulière (et de conscription) de ce pays de « miliciens du régime » ? Voir la Charte de Munich .

Je vous parlerai la prochaine fois de notre visite le 17 novembre à des soldats rescapés d’une embuscade à Baniyas : 51 victimes dont 9 morts sur 105 soldats attaqués par 200 assaillants, à l’arme lourde.

m-a



Voir aussi :
Guerre médiatique
Mensonges et vérités sur la Syrie
par Thierry Meyssan
http://www.voltairenet.org/Mensonges-et-verites-sur-la-Syrie





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12- http://fr.wikipedia.org/wiki/Charte_de_Munich _______________________________________




vendredi 2 décembre 2011







PENDANT QUE LES ESCADRONS DE LA MORT, ENTRAINES PAR L’IMPERIALISME ET ARMES PAR L’ENTITE SIONISTE, SEVISSENT DANS LES QUELQUES REGIONS FRONTALIERES DE LA SYRIE, LES CONSCIENCES DES PEUPLES D’EUROPE SUBISSENT QUOTIDIENNEMENT LE MATRAQUAGE DES MEDIAS SOUMIS…

En réponse, Liban Résistance publie sur cette page un des rares témoignages de femmes et d’hommes ayant récemment séjourné en Syrie




Chemins de Damas

Chers amis,

Je reviens (samedi 19 novembre 2011) d’un voyage de 6 jours en Syrie, à l’invitation des Eglises d’Orient , autorisé par le gouvernement syrien, et, pour ma part, à la demande de Mère Agnes-Mariam de la Croix, dont j’ai fait la connaissance à la fin du mois d’avril 2011 après qu’elle a lu, sur le site du Réseau Voltaire, ma traduction du texte de D. Losurdo ‘Que se passe-t-il en Syrie ?’ .

La logistique a été assurée en coordination avec Thierry Meyssan et le Réseau Voltaire.

Prévu pour une 50aine de personnes au départ, et destiné prioritairement à des journalistes de la presse catholique, ce voyage n’a en définitive regroupé que 15 personnes arrivant de l’étranger : aucun français parmi les journalistes professionnels de la presse écrite ou radio-télévisée, mais : 5 belges, une journaliste venant de Madrid et un journaliste étasunien. Aucun membre de la presse française contactée n’a donc répondu favorablement et saisi l’occasion d’aller voir sur le terrain ce qui s’y passe. Paradoxe surprenant, alors que nos media ne manquent aucune occasion d’accuser la décision du « dictateur » Assad et de « son » régime d’empêcher les journalistes indépendants d’aller en Syrie. Nous pouvons donc témoigner aujourd’hui non seulement que des journalistes et contributeurs divers peuvent entrer officiellement dans ce pays, mais que certains de ceux qui se plaignent de la censure de ce régime sont aussi ceux qui refusent cette occasion extraordinaire quand elle leur est offerte : sous prétexte d’indépendance de la presse, ne pouvant pas entrer s’ils sont invités ?( !) La liberté ne serait-elle garantie que par la clandestinité dans un pays qu’on se hâte maintenant de déclarer en « guerre civile » ?

Les autres membres du groupe étions des représentants d’associations catholiques (Italie) ou des militants actifs sur Internet, pas (très) catholiques pour la plupart et avec - le moins qu’on puisse dire- des positions politiques hétérogènes.



Ce que je vous adresse aujourd’hui, taraudée par une urgence à rendre compte de ce séjour, n’est pas un reportage de journaliste, puisque je ne suis pas journaliste mais psychologue et traductrice, mais une lettre à des amis et camarades. Un témoignage, pour le moment partiel et non chronologique, de ce qui m’a frappée dès les premières heures passées dans ce très beau pays : l’ampleur incroyable, révoltante du mensonge que les media nous assènent ici sur la situation en Syrie. Mensonge en action et en omission, comme on dit. Ces notes seront suivies, ultérieurement, de récits détaillés de plusieurs séquences du voyage, représentatives de la situation actuelle, démontant et démentant l’intoxication époustouflante en cours depuis 8 mois sur les événements qui tentent de déstabiliser ce pays.



Avant tout, j’indique que les organisateurs nous avaient certes préparé un agenda chargé (et annoncé) mais pas obligatoire, bien sûr : chacun des membres de ce groupe a eu la possibilité d’assister ou pas - à visage découvert !- à tout ce qui était prévu, ou/et de quitter le groupe pour aller où il espérait aller, sans forcément avoir à dire où. Je dirai aussi que je ne connaissais pas la composition du groupe avant d’être sur place. Je n’ai constaté aucune entrave (à part des embouteillages monstres, même en Syrie, oui, même ces jours-ci) à une liberté de déplacement, ni aucune surveillance : je dirai même qu’à certains moments, je l’aurais presque appréciée, cette surveillance tant décrite et décriée ici.

Ne parlant pas arabe je me suis contentée (sans être jamais déçue) de rester dans le programme annoncé (et sans cesse bouleversé sous la pression des événements), y compris deux demi-journées pour faire un peu de tourisme. J’ai profité de ces moments d’inoccupation dans un programme dense et éprouvant, intellectuellement, moralement et physiquement, pour promener dans la ville de Damas, qui est superbe. Nous n’avons pas eu le temps de faire davantage d’escapades. A Saint Jacques le Mutilé (Qâra), nous n’avons eu que quelques heures (diurnes) pour promener dans et autour du monastère : j’y ai modestement participé à la fin de la récolte des olives (2 tonnes 4).



Je dirai donc en introduction : liberté, oui, de se déplacer et, en dehors de mon expérience du poste de frontière sur la route Beyrouth-Damas (que je relaterai plus tard sur le thème « que fait la police ? »), personne ne nous a jamais interrogés, ce qui s’appelle interroger, pas bavarder, sur notre présence et nos intentions. Les esprits supérieurs se gausseront : bien sûr, nous étions embedded… Je précise aussi à ce sujet que j’ai payé mon voyage , mais que je n’ai quasiment rien dépensé là-bas : une amie syrienne, ici, m’avait dit qu’il était de toutes façons impensable de payer quoi que ce soit dans l’hospitalité syrienne. Chrétienne ou autre.



La liberté de déplacement, pour la plupart d’entre nous y compris les journalistes professionnels, pouvait par contre se trouver limitée plutôt par un élément central et banal dans toute région du monde : parler ou pas la langue du pays, en l’occurrence l’arabe. Je pratique un anglais précaire, et les Syriens parlent parfois le français. Pour tous les déplacements et rencontres, spontanés ou organisés, je n’ai donc, de façon très intéressée, quasiment pas quitté une documentariste algérienne (résidant en France) qui a eu la générosité de (se) faire notre interprète, en plus de son travail (filmer et enregistrer). L’autre interprète inlassable était Agnes-Mariam de la Croix. Le lecteur inlassablement critique pourra dire qu’elles traduisaient ce qu’elles voulaient : évidemment. Les enregistrements (par les journalistes et documentaristes du groupe) faits en arabe avec traduction simultanée permettront de vérifier la fiabilité des traductions. Je dirai ici ma surprise que les rédactions qui ont envoyé leurs journalistes ne leur aient pas aussi adjoint les services d’un interprète, élément essentiel d’un travail annoncé comme indépendant (étant, nous, aliénés dans nos idéologies) dès l’arrivée sur le terrain.

Au monastère et dans certains déplacements, les Sœurs Carmel et Claire-Marie, et deux frères de la communauté, tous quatre francophones, ont rendu notre séjour beaucoup plus confortable y compris matériellement, logistiquement, et moralement. Merci à vous tous de votre présence chaleureuse, constante et courageuse qui a transformé notre séjour. Et à notre patient chauffeur, depuis Qâra, dans la province de Homs et à Banyas.



La vie, quotidienne, banale, qu’on perçoit dans la rue c’est la vie d’une population qui supporte un embargo et des sanctions : rien moins quand même qu’un « génocide lent » pour reprendre l’expression de Webster Tarpley. Sanctions qui, par des mécanismes bancaires dont je n’expliquerai pas ici la complexité des rouages, entraînent, entre autres choses, l’augmentation des prix des carburants nécessaires au confort domestique : pour se chauffer, notamment, et il fait très déjà froid, et humide, en Syrie ces jours-ci. Sans parler du reste des effets des sanctions, sur quoi nos interlocuteurs ne se sont pas attardés. Les gens continuent à vaquer à leurs occupations avec suffisamment de tranquillité (je parle de la rue, des souks, des marchés etc. à Damas mais aussi sur les routes, dans les campagnes) pour qu’on se sente à l’aise aussi bien dans des ruelles désertes à la nuit tombée, qu’aux souks, ou dans les fabuleux monuments désertés par les touristes, ou au restaurant. Restaurants sans aucun doute beaucoup moins fréquentés qu’en période touristique ou dans le train-train damascène traditionnel (mondain ou non). Il n’y a pas de visiteurs étrangers actuellement en Syrie et le commerce doit s’en ressentir considérablement. En dehors d’un déplacement dans Damas, en cortège de 5 limousines noires qui se voulait sans doute une courtoisie de la part du gouvernement (seule intervention logistique des services du régime), nous n’avons jamais été escortés, sécurisés, surveillés etc. Je l’affirme ici malgré les allusions que j’ai déjà lues dans d’autres commentaires, sans que leurs auteurs ne donnent de détails.

Je reviendrai plus tard sur ce convoi protocolaire pittoresque et cocasse dans le paragraphe « Que fait la police ? ».

On s’est même perdu plusieurs fois… Comme surveillance (et protection), j’imaginais (et aurais -bêtement ?!- espéré à quelques reprises) autre chose.



L’atmosphère de guerre civile que nous décrivent lourdement nos media, stipendiés par les nôtres de régimes, je ne l’ai pas trouvée (tant mieux) ; et je peux dire que certains membres de notre groupe l’ont vraiment cherchée, librement. Librement pouvant inclure le service recommandé par leurs directions éditoriales. Dire et écrire autre chose que cette simple phrase : « il n’y a pas de guerre civile en Syrie », relève du mensonge. Dire qu’il s’agit d’un début de guerre civile impliquerait que nous eussions assisté (de près ou de loin, ou par des témoignages) à des affrontements armés et significativement massifs entre des factions de la population, entre elles ou/et avec les forces de sécurité (armée, police etc.) ; la guerre civile n'oppose pas des groupes armés venus de l'extérieur à des soldats de l'intérieur. Dans ce cas cela s'appelle une agression militaire.

Nous aurons l’occasion de revenir sur l’équipement des « insurgés ». Les collègues journalistes qui ont déjà documenté ce voyage ont eux-mêmes reconnus la réalité, terrorisante, atroce dans ses méthodes, de ces incursions depuis l’étranger de bandes de tueurs. Et c’est après chaque témoignage sur cette terreur que j’aurais, pour ma part, bien aimée être parfois plus escortée et surveillée. Et protégée. Le fait que j’écrive aujourd’hui alors que notre voyage était évidemment connu et surveillé par les donneurs d’ordre, étrangers, des escadrons de la mort, est la preuve que, justement, pour le moment au moins, nous pouvions encore circuler en sécurité et sans escorte.



Les Syriens que j’ai rencontrés sont d’une extrême hospitalité : et c’est un pays où il est agréable de se promener même en ce moment, du moins dans Damas. Ailleurs, l’atmosphère que nous avons vécue n’était pas celle d’une tension palpable, mais c’est nous, de là où nous venions, qui étions parfois très tendus (à Homs, à Banyas) : sous l’effet soit de ce que nous venions d’entendre de la part de certains interlocuteurs, victimes des escadrons de la mort, soit sous l’effet de la propagande à laquelle il est difficile d’échapper en France, Italie, Espagne, USA, Belgique ; même quand on est critique par rapport à ces media. Et dans les villes de Homs et Banyas, où nous avons vu et entendu ces victimes et/ou leurs proches, civils ou militaires tués, il est évident qu’il valait mieux être prudent. Le groupe de quelques uns des envoyés spéciaux qui est retourné une deuxième fois à Homs, avec Agnes-Mariam, est même tombé en panne à la sortie (« 10 Kms ») de la ville, à la nuit tombée, et nous a raconté ça le soir, sans drame. Ils sortaient pourtant d’une visite à la famille d’un homme qui avait été enlevé et massacré par les terroristes.



Dans nos déplacements, il était facile de se faire repérer comme étrangers, que les passants soient ou non de ces agents des services de sécurité dont on nous parle tant ici, et qui doivent être très discrets et parfaitement formés car, s’il y en avait, on ne les a jamais vus, ni entendus. Ou bien sommes-nous, nous, de gros benêts endoctrinés (au sabre et au goupillon, n’est-ce pas) et aveugles.

Nous n’avons vu aucun touriste étranger de tout notre séjour. Donc, ma foi, nous avons eu quelque succès …D’autant plus qu’on se baladait avec appareils photos, caméras, carnets de notes etc. Les gosses demandaient (plus ou moins discrètement !) qu’on les prenne en photo ; et ceux qui n’étaient plus des gosses assumaient qu’on les enregistre, à l’improviste, et à visage découvert (eux et nous), donnant (et nous aussi) les noms, adresses etc. A l’opposé exactement de ce que nous a par exemple montré le reportage, diffusé par Arte, de Madame Sofia Amara (dont je vous recommande, pour avoir une idée de sa fiabilité, d’aller voir sur Internet quelles frasques elle a faites avant de se reconvertir avec un grand sens de l’opportunisme dans le prétendu reportage de vraie guerre humanitaire) .



Nous avons été le premier groupe de presse entré officiellement en Syrie depuis le début de l’ « insurrection » : je dis officiellement pour signifier que les autres journalistes, ou prétendus tels, sont entrés (si on les croit, car on n’a quand même pas trop de preuves avérées de leur séjour dans le pays) clandestinement : on est en droit, donc, de se demander quelle indépendance ils ont par rapport aux escadrons de la mort qui sévissent dans certaines villes et régions proches des frontières -c’est plus facile pour le moment- où sont établies leurs bases arrières.

Les véritables opposants au régime se déclarent, afin de faire connaître leurs revendications : parmi lesquelles l’ouverture, officielle, assumée, à la presse étrangère.

Depuis qu’a commencé la tentative de déstabilisation du pays, il me semble évident que le « régime » a intérêt à contrôler ceux qui entrent : il y a assez de bandes de tueurs qui s’infiltrent sans, en plus, avoir la stupidité de laisser venir n’importe qui, sous prétexte de prouver -à des gens qui ne veulent de toutes façons rien en savoir- qu’on ne serait pas un régime dictatorial.



Le mot qui revient toujours quand les gens vous abordent c’est « Welcome » ; il paraît que c’est une tradition en Syrie. Mais cette tradition a en ce moment une tonalité particulière pour le visiteur, avec tout ce que les Syriens entendent venant de nos pays : car, eux, ils ne regardent pas que les chaînes de nos media dominant la désinformation. Ils regardent et savent ce que nous on entend mais ils regardent aussi d’autres chaînes, indépendantes : celles n’appartenant pas aux monarchies (libres…) du Golfe. Et ils ont des moyens d’information pour se faire leur propre idée ; d’autant plus, évidemment, que eux sont sur place, à la différence des journalistes ici qui répètent, sans se déranger sur le terrain, ce que leurs rédactions leur commandent.

Dans la rue donc, après vous avoir dit Welcome les passants vous disent souvent We love Assad et, si vous vous présentez comme français, Sarkozy (et parfois Joupé) bad, bad en faisant le geste (sans équivoque), de celui qui écrase quelque chose sous son talon : et ils appuient bien fort, bien franchement. Propagande ? Alors ils sont une majorité, chez les jeunes surtout, à être complètement intoxiqués et aveuglés par le régime : à ce degré de masse, ça deviendrait une dictature populaire… Question à propos du niveau d’information des passants dans les rues de la « dictature » syrienne et chez nous où règne la liberté de la presse et d’opinion etc. : qui, ici, pas dans la rue mais même chez les gens informés, connaît le nom du ministre syrien des affaires étrangères ?

Pour le lecteur perplexe, je précise que je parle ici non pas seulement des gens rencontrés dans les rendez-vous organisés (embedded, n’est-ce pas) mais dans la limite de 6 journées : dans les rues de Damas, avec des passants qui faisaient leurs courses ; sur les routes, lors des haltes imprévues ; dans les rues de Homs, où nous avons débarqué après avoir été reçus par le gouverneur avec des représentants des hiérarchies chrétiennes et deux membres de l’opposition présente dans le pays. Tous donnant leurs noms et téléphones et acceptant d’être filmés et enregistrés : pour eux, tous, aussi, mise en scène du régime ? C’est possible mais alors la comédie était déjà assez critique contre le régime : digne de passer chez nous dans certaines émissions un peu plus indépendantes que la majorité des autres.

Et dans tous les cas, et même pour les deux personnes de l’opposition rencontrées à Homs, il y avait une distinction entre la critique du régime, dont ils pensent qu’il doit être largement et profondément réformé -avec leur participation- et celle du président Bachar al Assad : tous les gens que nous avons rencontrés, spontanément, pseudo-spontanément si la Syrie est totalement contrôlée par les services de sécurité, ou de façon partisane (par exemple certains membres du Parti Baas, dont il était inutile qu’ils nous disent qu’ils étaient membres du parti : c’était évident), tous ont fait cette distinction : apparemment, dans tous les avis que j’ai entendus (y compris avec ma voisine syrienne dans l’avion, installée à Paris depuis plusieurs années, à qui j’envoie ce texte), le président Bachar Al Assad est à l’écart, personnellement, de la masse des critiques. Exceptionnalité d’un régime dictatorial qui serait assez soudé et généreux pour laisser le chef à l’abri et prendrait sur lui toutes les critiques ? Ceci est une des composantes les plus surprenantes pour moi du mensonge époustouflant et grossier des media ici, qui désignent Bachar Al Assad comme un dictateur haï par la population.



Dans ce que j’ai entendu -toujours dans les deux sortes de rencontres : programmées et imprévues- de la critique contre le régime, ce qui revient le plus souvent et avec force est : la bureaucratie, la corruption, l’absence de liberté de parole : critiques, toutes, que nos interlocuteurs attribuent au régime instauré par le père de Bachar mais qu’ils sont prêts à ajourner face à la seule urgence : défendre leur pays, la nation, contre l’agression étrangère. Défendre leur société, leur civilisation, dont ils ne cessent de dire avec fierté qu’elle est plurielle depuis longtemps et que c’est ce qui fait sa solidité. Nous avons rencontré (de façon organisée, oui, annoncée et assumée comme telle) pas mal de chrétiens, mais pas seulement : tout le monde est d’accord sur ce point : ils parlent avant tout en tant que citoyens syriens, pas comme membres de telle ou telle religion, ou association ou parti : même s’ils ont l’honnêteté d’annoncer la couleur -et dans le clergé des églises orientales, souvent éclatante, la couleur !

Ce qui revient toujours aussi c’est la désignation précise de leurs agresseurs véritables, hors du pays : monarchies du Golfe, Qatar, fondamentalistes et capitalistes au service des USA et Israël. Désignés nommément et dans une analyse politique sans faille. Tous témoignages et déclarations (à quelques rares exceptions près) à visage découvert. Nous y reviendrons.



Le dimanche matin (13 novembre 2011) nous avons assisté à la fin d’une manifestation gigantesque : déclenchée par la décision, samedi 12 novembre , de la Ligue Arabe (disons plus clairement : Ligue des Arabes du Golfe ) de suspendre la Syrie de sa qualité de membre : les citoyens syriens que nous avons rencontrés étaient partagés entre la consternation et la révolte.

Nous arrivons dans une des grandes artères de la ville quand la manifestation est terminée ou presque : nous allons rester sur le terre-plein séparant les deux voies environ deux heures durant, pendant qu’une partie des manifestants quitte le cortège (par une des trois voies d’évacuation possible) : pendant ces deux heures de retour de manif, nous voyons passer des gens souvent souriants, en famille majoritairement, ou par groupes de jeunes qui viennent parler avec nous : toujours les mêmes mots (voir plus haut) et slogans scandés ici gaiement (voire en dansant). Les filles qui se donnent le bras en léchant leurs chupa chups : allures de kermesse, parfois.

Même sans comprendre l’arabe, on identifie assez rapidement un phonème : repérable car il revient sans cesse marteler les interventions des passants ou des orateurs encore au micro, dans ou hors des restes de cortège : Syria (prononcer : Souria). Et je suis frappée aussi par la gravité des jeunes quand ils s’immobilisent pour chanter l’hymne national. Pas parce qu’ils ont gagné un match de foot ; pour défendre leur nation. Embrigadés ? Mais alors, quelle est la proportion dans la population globale, de ces gens qui descendent dans la rue, pas pour écouter en rangs un discours de propagande bien formaté, mais vivants : dansant, chantant, riant, posant pour la photo ? Sous la contrainte ?

Ce dimanche-là, à Damas, alors que la Syrie venait d’être mise au ban de la Ligue Arabe, j’ai reçu une leçon sur les termes : patrie, patriotes. Qu’ils revendiquent (très majoritairement apparemment) ou pas leur admiration pour Bachar Al Assad, tous ceux qui sont là, dans les rues de Damas (et ce sera constant dans toutes nos rencontres spontanées ou organisées) sont avant tout des patriotes, c’est leur nation qu’ils défendent.

Ces salves de slogans (dont ceux « pro Assad »), quelle que soit la réalité de ce pouvoir que je ne connais pas (encore), ont été un des moments impressionnants de ce voyage. Elles avaient une force et une beauté qu’on n’entend pas (plus ?) dans nos pays gavés de libertés d’expression, de droits de parole etc. : celles de l’unité d’un peuple qui est debout, conscient de ce qu’il risque de perdre.



Ces premières impressions seront complétées par des comptes-rendus plus circonstanciés et précis, sur ce que j’ai vu et entendu : impressions, observations non impartiales ? Qui prétend l’être ? Le ministre français des Affaires étrangères qui veut « sauver par des couloirs humanitaires des populations civiles », ingérences qui le conduiront peut-être un jour devant la CPI, avec ses chefs de bande de l’Elysée et Matignon, pour complicité de crime de guerre (assassinat de prisonniers de guerre : Kadhafi, entre autres) et crime contre l’humanité (embargo génocidaire) ? Bernard-Henri Lévy ? Je me limite dans cette lettre à la dénonciation du mensonge, pas à celle de l’obscénité.



« Nous [Syriens, de tous bords] sommes dans un ghetto médiatique, blocus médiatique et nous supplions ceux qui ont la justice, l’équité [au cœur] et qui oeuvrent dans les media de montrer la vérité. Nous ne voulons rien d’autre que montrer la vérité », nous a dit un des représentants de l’opposition à Homs .

J’ai lu, vu et entendu depuis mon retour, quelques reportages de nos collègues envoyés spéciaux, présents avec nous en Syrie. « Une part de vérité » annonce l’un d’eux, ménageant l’éventualité de ne pas avoir « tout » vu dans ce « voyage bien balisé par le régime en place mais malgré tout utile ». Ne peut-on entendre aussi dans ces quatre mots un effet du retour d’autres parts de vérité, perçues mais refoulées ? Les auteurs auront leurs raisons, multiples. Mais, fut-ce dans l’équivoque d’un titre, cette autre part peut resurgir, et, à l’insu de l’auteur, produire des effets. On a des précédents fameux dans la région : tel ce fonctionnaire de police zélé au service des occupants impérialistes de l’époque, terrassé (par quoi ?) sur le chemin de Damas. Avec vingt siècles d’effets, en tous genres.

Pendant qu’il en est encore temps, nos directeurs de rédaction occidentaux -européens, étasuniens, israéliens, impérialistes, détenteurs d’armes de distraction de masse - ne perdraient rien à faire un peu d’histoire : la Syrie est un livre rare, à cet égard, et je crois que ses habitants défendent davantage cette richesse là que leurs puits de pétrole.



m-a patrizio,

Damas 19 novembre - Marseille, 24 novembre 2011



marie-ange.patrizio@wanadoo.fr

04 91 45 02 82 et 06 16 89 50 44





Post scriptum : site du monastère de Saint Jacques l’Intercis :
http://www.maryakub.org/medias.html
et deirmaryakub@gmail.com



Voir aussi la revue de presse transmise le 22 novembre par le Réseau Voltaire :

Cette revue de presse ne comprend pas les émissions sur les télé libanaises (OTV, Al-Manar, NBN) et syriennes.

LA LIBRE BELGIQUE (Christophe Lamfalussy )

« Nous apportons une part de vérité »

http://www.lalibre.be/actu/international/article/701436/envoye-special-en-syrie-nous-apportons-une-part-de-verite.html


« Des corps mutilés à Homs »

http://www.lalibre.be/actu/international/article/700974/reportage-des-corps-mutiles-a-homs.html


21 novembre

« Même les éboueurs sont liquidés »

http://www.lalibre.be/actu/international/article/701555/syrie-meme-les-eboueurs-sont-liquides.html


22 novembre

RTBF

http://www.rtbf.be/info/media/video_jt-19h30?id=1412873&mediaset=rtbfinfo--les-derniers-jts&type=video

Journal de 20h de la RTBF, 21 novembre



FRANCE INTER

http://www.franceinter.fr/emission-journal-de-8h-journal-08h00-221111

Journal de 8h France Inter 22 novembre

Reportage de la correspondante RTBF à partir 7mn55s.



IRIB (service français)

Entretiens TM

http://french.irib.ir/analyses/interview/item/154346-thierry-meyssan-journaliste-fran%C3%A7ais


http://french.irib.ir/analyses/interview/item/154416-thierry-meyssan-journaliste-fran%C3%A7ais



Table ronde : « Syrie vers la guerre civile ? »

http://french.irib.ir/programmes/table-ronde/item/154577-table-ronde-syrie-vers-la-guerre-civile?






RUSSIA TODAY

« Mossad vs Assad? 'CIA death squads behind Syria bloodbath' » with Webster Tarpley

http://www.youtube.com/watch?v=5L49L6iZSSg&feature=channel_video_title