dimanche 28 septembre 2008

l'amorce de la fin d'un empire...

« Quoiqu’ils fassent, leur intelligence se fracassera sur le roc de nos résistances »
Raymond RICHA







Quelle sera demain la politique internationale des USA ?





1ère Partie


Après Bush, chacun espère un changement ou craint le pire.

McCain ou Obama ?

Qu’est-ce que cela changera pour l’Irak, l’Afghanistan, la Palestine, l’Afrique, le Caucase, Cuba ou le Venezuela ?

Et dans les relations avec les grandes puissances : Europe, Japon, Russie, Chine ?


Nous ne pensons pas que la politique internationale des Etats-Unis se décide à la Maison-Blanche. En fait, l’élite US est actuellement hésitante sur la stratégie à suivre dans les prochaines années.

Ce texte analyse les deux options qui s’offrent à elle.


La crise économique rend la question encore plus brûlante : comment les Etats-Unis s’y prendront-ils pour rester la superpuissance qui domine le monde ?


Ce texte est extrait de notre livre « Les 7 péchés d’Hugo Chavez », chapitre 11 : Les Etats-Unis, l’or noir et les guerres de demain, à paraître prochainement.

Dans les pages qui précèdent, ont été expliquées les raisons de l’ascension, puis du déclin des Etats-Unis.

Investig’Action a jugé urgent de publier déjà cet extrait pour éclairer les débats en cours sur les élections aux USA...


L’échec de Bush


Quel bilan peut-on tirer de cette guerre globale menée par l’administration Bush à partir du 11 septembre ? Négatif.

Pratiquement partout... En Afghanistan et en Irak, les Etats-Unis ont déclenché deux guerres qu’ils ont été incapables de gagner et qu’ils ne gagneront jamais.

Bush aurait bien voulu en déclencher une troisième contre l’Iran, mais trop affaibli, il a dû y renoncer. Le but de cette guerre était d’assurer à Washington le contrôle du pétrole.

En cinq ans, il a grimpé de 25 dollars à plus de 100 dollars, avec des conséquences très négatives pour l’économie US et mondiale.


En Amérique du Sud, les Etats-Unis ont perdu, entièrement ou partiellement, le contrôle de presque toutes leurs colonies : Venezuela, Bolivie, Equateur, Uruguay, Paraguay, Argentine et Brésil.

Ne leur restent, à l’heure où nous écrivons ces lignes, que le Pérou, le Chili et la Colombie.


En Afrique aussi, la résistance a marqué des points. Le Congo de Kabila a refusé de se mettre à genoux. Et quand Washington a cherché un endroit pour installer le centre de son nouveau commandement militaire Africom, tous les pays ont poliment refusé. Il a finalement fallu se rabattre sur le Maroc, au prix de certaines concessions financières.


De même, en Asie du Sud, un groupe de stratèges US s’inquiétait récemment de la montée des résistances dans toute la région et proposait de renforcer la « capacité de projection » des Etats-Unis en Asie du Sud. Dans leur jargon, ça veut dire les moyens d’organiser des débarquements militaires, des bombardements ou des coups d’Etat soutenus. Mais il s’empressait de signaler qu’en raison de l’impopularité des Etats-Unis dans cette région, il serait impossible de trouver un pays pouvant accueillir le siège de cette force US. (1)


Même chez les alliés européens, la politique de Bush a provoqué des résistances.
Ainsi, au sommet de l’Otan à Bucarest, en avril, George Bush a réclamé une nouvelle expansion pour intégrer cette fois l’Ukraine et la Géorgie, deux pistolets braqués sur la Russie.
Mais il a essuyé un refus, ferme et public, de l’Allemagne, de la France, de l’Espagne, de l’Italie, de la Belgique, de la Hollande et du Luxembourg, peu désireux de se fâcher avec Moscou qui fournit leur gaz.

Steve Erlanger et Steven Lee Myers, deux analystes proches du Pentagone, y ont vu « un échec notable de la politique des Etats-Unis dans une alliance normalement dominée par Washington » (2). En Russie justement, le ton monte. Moscou refuse l’installation sur le continent européen des armes que les Etats-Unis appellent un bouclier antimissile : « Si une partie du potentiel nucléaire des Etats-Unis est en Europe (...), nous devrons avoir des cibles en Europe » (3).
D’ailleurs, en mai 2008, la Russie a testé un nouveau missile intercontinental à têtes multiples, « en réponse aux actes unilatéraux et infondés de nos partenaires », a déclaré Poutine.
Washington certifie pourtant que le bouclier antimissile n’est pas dirigé contre la Russie, mais seulement contre des Etats comme l’Iran. Mais Poutine rétorque : « Aucun missile iranien n’a de portée suffisante. Il devient alors évident que cette nouveauté nous concerne aussi nous, Russes. » (4).


Tout comme la Russie, la Chine n’a pas reculé non plus devant les multiples campagnes et pressions organisées par Washington.


L’élite US se divise


Il y a dix ans, Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller du président Carter et stratège le plus important des Etats-Unis, publiait Le Grand Echiquier, sorte de mode d’emploi du « Comment rester la seule superpuissance dominant le monde » (5) .

Il y expliquait, avec la brutalité de quelqu’un qui n’est plus aux affaires, que Washington devait absolument affaiblir ses rivaux : Russie, Chine, mais aussi Europe et Japon, et les empêcher de s’allier entre eux. Diviser pour régner. Aujourd’hui, quel est le bulletin de George Bush, sur base des critères définis par Brzezinski ?

A-t-il réussi à affaiblir les grandes puissances rivales ?

Disons : mention assez bien en ce qui concerne le Japon, assez bien (pour l’instant) en ce qui concerne l’U.E., mais mauvais en ce qui concerne la Russie, et très mauvais en ce qui concerne la Chine. Globalement, Bush a provoqué tant de résistances que la domination des Etats-Unis s’est affaiblie.

Les secteurs qui l’avaient porté au pouvoir - armement, pétrole, automobile, défense, compagnies pharmaceutiques - constatent que les guerres de Bush n’ont apporté ni de grands profits, ni de nouvelles zones d’exploitation.
En fait, elles ont coûté davantage qu’elles n’ont rapporté.

Et l’administration Bush s’est révélée être un petit cercle restreint, pensant beaucoup à s’en mettre personnellement plein les poches, mais incapables de finesse tactique et de réelle vision à long terme. Une fois l’échec devenu évident, les divisions se sont exacerbées au sein de l’élite US, et même de l’administration Bush.
A partir de 2006, les néocons ont dû céder du terrain. Ils ont dû accepter le remplacement du ministre de la Guerre, Donald Rumsfeld, par Robert Gates, un homme de la Trilatérale et de la tendance Brzezinski.
Le nouveau ministre a en quelque sorte admis la faiblesse du militarisme US dans un discours prononcé devant les élèves de l’Académie militaire de West Point : « Ne combattez pas à moins d’y être obligés. Ne combattez jamais seuls. Et ne combattez jamais longtemps. » (6).

Puis, la commission bipartisane Baker - Hamilton a condamné la tentative de Bush de remodeler le « Grand Moyen-Orient » comme étant irréaliste et elle a prôné au contraire une approche plus tactique envers la Syrie et l’Iran. Même au sein des services secrets et de l’Armée, plusieurs frondes se sont déclenchées.

En décembre 2007, lorsque Bush a voulu préparer une attaque contre l’Iran sous le classique prétexte des armes de destruction massive, seize services de renseignement US ont surpris tout le monde en publiant un rapport qui constatait que l’Iran avait suspendu son programme nucléaire militaire depuis au moins 2003.


2ème Partie


« Le déclin des Etats-Unis est inévitable »

(Zbigniew Brzezinski)


Dans son livre, Brzezinski proposait une stratégie agressive et machiavélique pour sauver l’Empire US. Mais lui-même, croit-il que ça marchera ? Aussi surprenant que ça paraisse, la réponse est : Non.


« A long terme, la politique globale est vouée à devenir de moins en moins propice à la concentration d’un pouvoir hégémonique dans les mains d’un seul état. L’Amérique n’est donc pas seulement la première superpuissance globale, ce sera très probablement la dernière. » (p. 267)

La raison tient dans l’évolution de l’économie :

« Le pouvoir économique risque aussi de se disperser. Dans les prochaines années, aucun pays ne sera susceptible d’atteindre 30% environ du PIB mondial, chiffre que les Etats-Unis ont maintenu pendant la plus grande partie du 20ème siècle, sans parler de la barre des 50% qu’ils ont atteinte en 1945. Selon certaines estimations, l’Amérique pourrait encore détenir 20% du PIB mondial à la fin de cette décennie pour retomber à 10-15% d’ici l’an 2020, tandis que les chiffres d’autres puissances - l’Europe, la Chine, le Japon - augmenteraient pour égaler approximativement le niveau des Etats-Unis. (...) Une fois que le déclin du leadership américain sera amorcé, la suprématie dont jouit aujourd’hui l’Amérique ne pourra être assurée par aucun état isolé. » (p. 267-8)


« Une fois que le déclin du leadership américain sera amorcé ». Brzezinski ne parle donc pas d’une possibilité, mais d’une certitude. Il écrit cela en 1997. Aujourd’hui, il est devenu clair que le déclin est bel et bien amorcé. Le monde devient multipolaire.


Mais peut-être Brzezinski est-il un pessimiste isolé ? Peut-être que les néocons qui ont inspiré Bush sont plus « optimistes », si l’on ose employer ce mot ?
Eh bien, en fait, pas beaucoup plus.
Dans le texte fondateur de toute la politique de l’administration, le Project for a New American Century (PNAC), rédigé en 1992 par Paul Wolfowitz et ses amis, on trouve évidemment toute l’idéologie de la nouvelle croisade militariste, mais aussi une remarque qui attire l’attention : « Actuellement, les Etats-Unis ne rencontrent aucun rival mondial. La grande stratégie de l’Amérique doit viser à préserver et étendre cette position avantageuse aussi longtemps que possible (...) Préserver cette situation stratégique désirable dans laquelle les Etats-Unis se trouvent maintenant exige des capacités militaires prédominantes au niveau mondial. » (7).

« Aussi longtemps que possible ». Ici aussi, donc, on ne croit pas qu’il sera possible pour les Etats-Unis de rester éternellement les maîtres du monde. Voilà bien un grand paradoxe. Le moment entier craint les Etats-Unis. Mais les dirigeants US, eux, savent qu’ils sont aux commandes du Titanic. Et pour sauver l’Empire autant que possible, ils sont partagés entre deux options...


Deux options pour sauver l’Empire


Quelle sera la politique internationale des Etats-Unis dans les années qui viennent ?

Le choix de tel ou tel président est certes une indication. Mais pas décisive.

Rappelons que, durant la campagne présidentielle de 2000, George Bush avait promis une politique internationale beaucoup plus humble et moins interventionniste que son prédécesseur ! Tandis que l’autre candidat, Al Gore, avait proposé un budget militaire plus élevé que celui de Bush.

Nous pensons que les grandes orientations de politique internationale ne sont pas décidées par les présidents, mais par les multinationales. En fonction de leurs besoins du moment et de leur évaluation du rapport de forces mondial.


Et justement, après le bilan d’échec des années Bush que nous venons de décrire, l’élite US apparaît assez divisée sur la marche à suivre. Comment se sortir de cette situation délicate ?


La première option possible, c’est l’option militariste. Les néocons de Bush l’ont incarnée ces dernières années avec la stratégie Wolfowitz.

L’agression et l’intimidation comme stratégie générale.

Multiplier les guerres, gonfler au maximum les commandes au complexe militaro-industriel pour tirer la croissance et la domination des multinationales US, pour intimider aussi les alliés et les rivaux.


L’autre option, c’est celle défendue par Brzezinski et qu’il aime à appeler « soft power » (le pouvoir en douceur).
D’autres parlent d’un « impérialisme intelligent ».
En fait, il s’agit de réaliser les mêmes objectifs des Etats-Unis, mais par des formes de violence moins directes, moins visibles. En comptant moins sur les interventions militaires US, très coûteuses, et davantage sur les services secrets, les manœuvres de déstabilisation, les guerres par pays interposés, et sur la corruption aussi...


3ème Partie


Cinq généraux de l’Otan préparent un gouvernement mondial...


La première option consiste à militariser encore davantage la vie politique et à multiplier les guerres.
Bush au carré.


En janvier 2008, cinq ex-généraux de l’Otan ont présenté un document préparatoire à une rencontre au sommet de l’OTAN à Bucarest (8). Leurs propositions révèlent une tendance absolument effrayante.
Et ce qui donne beaucoup de poids à leur document, c’est que tous exerçaient, jusqu’il y a peu, des fonctions au plus haut niveau.
Le général John Shalikashvili était chef de l’état-major US et commandant en chef de l’Otan en Europe, le général Klaus Naumann dirigeait l’armée allemande et présidait le comité militaire de l’Otan en Europe, le général Henk van den Breemen était chef de l’état-major hollandais, les mêmes fonctions étant occupées en France par l’amiral Jacques Lanxade tandis que Lord Inge dirigeait l’état-major et le service de la Défense en Grande-Bretagne. Rien que des grosses pointures. Et très agressives, comme nous allons le voir...


Page 6 : « [Les auteurs] proposent des pistes sur la façon de surmonter une rivalité possible avec l’UE et de permettre à l’OTAN d’accéder à des instruments non militaires. »
Deux remarques.
1. En fait, cette rivalité n’est pas seulement possible, elle est tout à fait réelle. Dans quel sens voudront-ils la surmonter ?

2. Que signifie pour l’Otan « accéder à des instruments non militaires » ? S’agit-il d’obtenir une emprise plus forte sur la vie civile des sociétés occidentales ?


Page 7 : « Afin d’initier le processus, ils proposent d’établir un directorat réunissant les Etats Unis, l’UE et l’OTAN. Il aurait pour mission de coordonner toutes les opérations dans la sphère atlantique. » Un super - gouvernement mondial, donc.

Pour réaliser quels objectifs ?


Les Cinq nous l’expliquent page 42 : « Ce qui attend les alliés occidentaux, c’est la défense proactive, soutenue sur le long terme de leurs sociétés et de leur mode de vie. »
« Défendre notre mode de vie » fut déjà un argument employé par le père Bush pour déclencher la première guerre contre l’Irak.

En fait, « mode de vie » est une façon hypocrite de désigner la domination des multinationales sur la vie économique. Domination qui a pour effet de maintenir la moitié de l’humanité dans la pauvreté. Le but des Cinq, est bien d’employer les moyens militaires pour maintenir le fossé riches - pauvres. Pour qui en douterait, on précise page 92 : « Les objectifs de notre stratégie sont de préserver la paix, nos valeurs, le libéralisme économique et la stabilité. »


Préserver la stabilité des multinationales, donc. Et contre quel ennemi ? Les auteurs fournissent quelques exemples de ce qu’il ne faut pas tolérer dans le tiers monde.
Page 52 : « Nous avons des exemples moins importants d’aide non souhaitable : du Venezuela au régime cubain ».
Le gendarme mondial s’arroge le droit d’intervenir partout contre tout pays posant des actes qui déplaisent aux multinationales. Mais parmi tous les indésirables, quel est l’ennemi principal ?
La réponse vient page 44 : « La Chine est en mesure de faire grand tort aux économies US et mondiale en s’appuyant sur ses énormes réserves en dollars. »
Et page 52 : « La Chine est en mesure d’utiliser l’arme de la finance pour s’imposer en Afrique et acquiert la capacité de l’utiliser à beaucoup plus grande échelle - si tel est son choix. »


Voici donc les bons et les méchants bien définis.

Le libéralisme a besoin de l’Otan pour s’imposer au monde entier. Et pour mener cette guerre économique, de quels moyens l’Otan devrait-elle disposer ?


Le droit international et l’ONU jetés par-dessus bord


En fait, les cinq généraux se sentent frustrés. Page 76 : « L’un des principaux problèmes dans la conception stratégique actuelle de l’alliance atlantique est que ses actions restent essentiellement réactives plutôt que préventives, et sont limitées à des moyens militaires. »
Page 91 : « Or une stratégie ambitieuse doit comprendre l’utilisation bien intégrée de tous les leviers disponibles, qu’ils soient politiques, économiques, militaires, culturels, sociaux, moraux, spirituels ou psychologiques. »

Nous y voilà ! La Bande des Cinq entend déborder de ses tâches militaires et exercer une emprise sur le fonctionnement de la société civile.

Au moins, le droit sera-t-il respecté par ce nouveau gouvernement mondial ? On en doute fortement...
Pages 94-95 : « Un autre principe à respecter est la légalité. Toute action doit être légitime, autorisée et respecter le droit international.

Voilà qui peut représenter un handicap considérable lorsque l’adversaire n’a aucun respect pour quelque loi que ce soit, mais agir différemment signifierait en fin de compte appliquer la loi de la jungle et miner notre propre crédibilité. Pourtant ce principe n’empêche pas qu’il faille adapter le droit international existant à un contexte international en constante évolution... »

Dans cette citation, les premières phrases servent de pommade, le véritable contenu vient à la fin : « adapter » le droit signifie en réalité le violer, nier les principes proclamés jusqu’à présent.
Après Abou Ghraib, Guantanamo, la torture, les assassinats de chefs d’Etat, les vols clandestins et les prisons secrètes de la CIA, nous propose-t-on de combattre ces violations du droit ?
Non, on propose de les légaliser en « adaptant » le droit.


Il faut rappeler que déjà les deux guerres contre l’Irak et celle contre la Yougoslavie ont violé le droit international, la charte de l’ONU et même la propre Charte de l’Otan.

Mais, précisément, c’est de la légalité internationale que les Cinq veulent se débarrasser.
Page 104-105 : « L’approbation des Nations - Unies peut ne pas être nécessaire selon l’article 51 de la Charte des Nations - Unies (légitime défense) et il est peut-être possible d’y renoncer au terme de la Convention sur le génocide. »


4ème Partie


« Vive la guerre préventive » ! Même nucléaire.


On sera d’autant plus inquiet en lisant page 96 : « Ce qu’il nous faut, c’est une forme de dissuasion par refus proactif, où la préemption est une forme de réaction en cas de menace imminente et la prévention une tentative pour reprendre l’initiative et mettre fin au conflit. »


« Défense proactive », dans le jargon des militaires, désigne la guerre préventive bien que celle-ci soit interdite par le droit international.
Ce terme revient sans cesse dans le document des Cinq.

George W. Bush avait déjà invoqué une « guerre préventive » contre le terrorisme. Comme Hitler en son temps. Car les agresseurs se réfugient souvent le prétexte de prévenir un danger.
En réalité, le droit international a toujours interdit explicitement les guerres prétendument préventives. Mais les craintes ne s’arrêtent pas là...


Page 94 : « A première vue, l’arme nucléaire peut sembler disproportionnée ; mais si l’on tient compte des dommages qu’elle prévient, il est possible qu’elle soit raisonnable. »
Ici, éclate toute l’immoralité des cinq bandits. La guerre nucléaire est une atrocité et l’humanité n’a cessé de réclamer le démantèlement de ces armes de destruction massive. Voici qu’on prétend les justifier. Avec une hypocrisie qui ne peut tromper personne : « prévenir des dommages ». Totalement flou et sans doute raciste : la vie des peuples adversaires ne vaut rien.


La vérité est que ces généraux criminels, constatant que les bombardements classiques ne suffisent pas à briser les résistances, et que les guerres terrestres sont coûteuses et périlleuses pour les envahisseurs, ces généraux criminels avancent l’arme nucléaire comme solution au problème d’hégémonie mondiale des multinationales.


« Préparer les esprits »

On le voit, la marchandise que la Bande des Cinq prétend nous vendre est totalement pourrie et avariée. C’est pourquoi, prévoyants, ils comptent travailler l’opinion par des campagnes de propagande à long terme.
Page 104 : « Ces mesures doivent s’accompagner d’efforts proactifs et coordonnés de communication dans les médias (...) Par ailleurs, cette campagne médiatique pourrait préparer les esprits à une intervention armée. »

« Préparer les esprits » ! Bien sûr, ce n’est pas nouveau...
Tirant le bilan de la guerre contre la Yougoslavie (en 1999), qui fut le festival le plus réussi de la désinformation organisée, un général de l’Otan avouait, après la guerre, que de fausses informations avaient été systématiquement balancées, tandis que les informations gênantes étaient écartées ou marginalisées pour « anesthésier les opinions ».

Il résumait ainsi la philosophie de l’Otan : « L’opinion, ça se travaille, comme le reste. » (9).

A chaque guerre, d’ailleurs, les généraux occidentaux engagent des spin doctors, c’est-à-dire des agents publicitaires pour vendre leur guerre et manipuler l’opinion. Mais cette fois, on va beaucoup plus loin, il s’agit de toute une campagne à long terme pour conditionner l’opinion... Page 129 : « Il faut par conséquent que l’OTAN développe une stratégie d’information qui doit servir trois objectifs simultanément. Elle doit persuader le monde que l’OTAN est une force du bien. Elle doit se déployer avant que les adversaires commencent à répandre leurs informations, c’est-à-dire que l’OTAN doit imposer sa domination en matière de relations publiques. Elle doit gagner le cœur et l’esprit des habitants des pays de l’OTAN (à la justesse de l’attitude de l’alliance atlantique) mais aussi des populations dans les pays où se passe l’intervention armée. »


« Imposer sa domination en matière de relations publiques ».
L’information est conçue comme une guerre qui se gagne en éliminant les forces de l’adversaire. Il ne s’agit pas ici d’accusations gratuites : l’armée US a bombardé et emprisonné des journalistes d’Al-Jazeera, l’Otan a bombardé la télévision de Belgrade (17 tués), le Pentagone a préparé des plans pour éliminer les informations gênantes sur Internet dont le caractère démocratique dérange considérablement.


Un plan de dictature mondiale


Au début de leur document, les cinq généraux annonçaient « des pistes pour surmonter une rivalité avec l’U.E. » Comment vont-ils s’y prendre ? En fait, ils utilisent le cadre de l’Otan pour organiser la soumission de l’U.E. aux volontés de Washington...

Page 137 : « Nous considérons que les forces multinationales sont la clé d’une modernisation rapide et peu onéreuse des forces de l’OTAN, mais nous soulignons que cette option n’est possible que si les états membres acceptent sans restriction que ces forces seront à la disposition de l’OTAN pour toute opération autorisée par le Conseil de l’OTAN. »

Traduction : on obligera les armées européennes à obéir aux décisions de l’Otan (actuellement, l’unanimité est requise).


Le plan des Cinq procure trois avantages aux Etats-Unis :

1. Intégrer des forces européennes dans leurs guerres.

2. Reporter les coûts sur les alliés.

3. Partager aussi l’impopularité.


Le caractère antidémocratique des Cinq se manifeste clairement page 139 : « Nous choisissons de ne pas formuler nos propositions pour la réforme de l’UE de façon aussi détaillée que pour l’OTAN, et ceci pour deux raisons : tout d’abord un nouveau traité qui vient remplacer la « constitution » désormais condamnée est actuellement adopté en douce, de façon à éviter de consulter les populations. »


Leur plan vise bien à rendre impossible toute opposition.
Page 144 : « Afin d’éliminer toute source d’irritation, il pourrait être décidé que c’est toujours d’abord au sein de l’OTAN qu’un point sera traité et que les membres de l’OTAN qui sont aussi membres de l’UE s’engagent à ne pas s’écarter du vote posé à l’OTAN quand le point est abordé dans des instances européennes. »

Donc, une fois que l’Otan aura décidé, un pays européen n’aura plus le droit de s’opposer.


En conclusion, ce plan de la Bande des Cinq, préparé par des gens qui ont été au sommet du pouvoir militaire mondial, indique une tendance significative dans cette élite. Leur plan de super - gouvernement mondial à trois (dominé en réalité par les Etats-Unis) jetterait à la poubelle tout vestige du droit international, légitimerait la guerre préventive et les armes nucléaires, organiserait la manipulation systématique des opinions.
C’est un plan de nature fasciste.


Voilà une des deux options auxquelles l’élite des Etats-Unis pense actuellement pour résoudre ses problèmes. L’autre est incarnée notamment par Zbigniew Brzezinski dont nous avons parlé plus haut...


5ème Partie


« L’impérialisme intelligent » ?


Les stratèges militaires US distinguent trois types de guerres qu’ils peuvent déclencher :

1. Les guerres de haute intensité. Il s’agit des affrontements entre grandes puissances du type des deux guerres mondiales.

2. Les guerres de moyenne intensité. Elles comportent aussi un engagement militaire US direct mais contre des puissances beaucoup plus faibles. Comme l’Irak ou la Yougoslavie.

3. Les guerres de basse intensité. Elles ne comportent pas d’engagement militaire direct des Etats-Unis. Ceux-ci s’arrangent pour se faire battre les autres. Ils provoquent des conflits entre pays voisins, ou à travers des mouvements paramilitaires ou terroristes.


Trompeur, le terme « basse intensité » peut donner l’impression que les dégâts sont moindres. En réalité, ils ne sont moindres que pour les Etats-Unis. Ainsi, la guerre dite de « basse intensité » que Washington a déclenchée contre le Congo (à travers les armées du Rwanda et de l’Ouganda voisins, et diverses milices) a fait cinq millions de morts et elle a paralysé le développement du Congo.


La stratégie Brzezinski, à la différence de Bush, privilégie ces guerres de basse intensité.

Elle n’est donc nullement plus morale, mais se veut juste plus intelligente.


Mais Brzezinski propose aussi de recourir à d’autres formes d’intervention. Souvent, on ne pense qu’à la forme la le plus visible de l’agression : l’intervention militaire des Etats-Unis.

En réalité, ils disposent de toute une panoplie. Si on veut établir une typologie complète, dans l’ordre d’intensité, on doit compter les formes suivantes :

1. Corruptions des dirigeants locaux.

2. Chantages sur ces dirigeants locaux.

3. Campagnes médiatiques de diabolisation.

4. Déstabilisations diverses.

5. Embargos et blocus commerciaux.

6. Coups d’Etat.

7. Provocations de séparatismes.

8. Guerres par intermédiaires.

9. Bombardements.

10. Occupations terrestres.

Toute une gamme de méthodes, on le voit, et qui peuvent évidemment se combiner, mais qui constituent toutes des agressions.

Bien sûr, tous les gouvernements US recourent à l’ensemble de ces méthodes, et pas seulement à certaines. Mais le dosage et les financements diffèrent.


Après les crimes commis par Bush, on pourrait être tenté de se réjouir de voir un changement de méthodes.

En réalité, si Washington décide de changer ses tactiques, il ne s’agira pas de pacifisme, mais seulement de rendre la brutalité moins visible.
Il faut rappeler que Brzezinski, c’est l’homme qui a financé ben Laden en Afghanistan pour piéger l’Union soviétique dans une guerre de longue durée, coûteuse et briser son alliance avec le monde musulman.

Brzezinski est très fier de son succès et ne manque pas une occasion de le rappeler.


Si les Etats-Unis décident d’appliquer la stratégie Brzezinski, il y aura sans doute moins de guerres directes. Et elles se feront le plus possible en concertation avec les alliés. Ce qui permettra également de mieux soigner l’image médiatique et la manipulation de l’opinion.

Et surtout, en faisant travailler davantage la CIA, on s’efforcera de remplacer les guerres menées directement par les Etats-Unis par des guerres « indirectes ». Faire se battre des pays voisins en soutenant « le bon » sous toutes sortes de bons prétextes. Ce fut la méthode employée avec succès par Clinton contre la Yougoslavie.


La méthode Brzezinski présente deux avantages pour les Etats-Unis :

1. Elle leur redonne un aspect plus présentable, pour rétablir leur autorité morale.

2. En versant moins d’argent au complexe militaro-industriel, elle permet d’aider davantage l’économie US pour renforcer sa position concurrentielle face à l’Europe, la Chine, l’Inde, etc...


Pour économiser sur les guerres, la stratégie Brzezinski recourt davantage aux chantages et aussi à l’action clandestine.

Les chantages peuvent passer, notamment, par l’utilisation des instruments du contrôle économique global comme la Banque Mondiale, le FMI et l’OMC. Institutions multilatérales mais dominées par les Etats-Unis et permettant de dicter leurs volontés au tiers monde d’une manière apparemment plus objective.

Mais ce ne sera pas facile car la Banque Mondiale et le FMI ont accumulé tant de haines là où ils sont passés que les pays ont cherché des alternatives. L’idée d’une Banque du Sud, lancée par Chavez, fait son chemin...


L’action clandestine, c’est-à-dire la CIA, devrait aussi être utilisée davantage. Elle permet de se débarrasser des gouvernements gênants avec des investissements bien moindres.


Voilà pourquoi les tenants de la stratégie de Brzezinski se définissent comme partisans d’un « soft power » ou « impérialisme intelligent ».

Le danger, avec ce soft power, serait que la gauche se réjouisse d’être débarrassé de Bush et diminue sa vigilance parce qu’il y aurait - pendant un certain temps - moins de guerres directes. De sorte que le mouvement anti-guerre international, qui connaît une crise évidente, riposterait encore moins face aux stratégies plus discrètes de l’Empire.


De toute façon, cet Empire ne deviendra pas pacifique. Tôt ou tard, il relancera des guerres à la Bush. Parce qu’en fait, l’élite US pratique un cycle d’alternance entre les deux options...


Les présidents passent, les multinationales restent


Elles ne sont pas nouvelles, ces deux options, militariste ou « intelligente ».
Et il ne s’agit pas d’une opposition entre républicains et démocrates. Parce que ces deux partis ne représentent pas « la guerre » et « la paix », mais seulement des électorats différents, et des tactiques différentes, et toujours au service des multinationales.

Ainsi, ce n’est pas un républicain, mais bien un démocrate, Harry Truman, qui a déclenché la guerre en 1950 contre la Corée et la Chine.


Ce n’est pas un républicain, mais bien un démocrate, John Kennedy, qui a commencé la guerre contre le Vietnam en 1961.


Et ce n’est pas non plus un vote populaire contre un vote bourgeois. Les multinationales US financent toujours les deux candidats, plaçant leurs œufs dans les deux paniers. Mais on peut juger leurs préférences aux montants versés.

Au début des années 90, les multinationales investissent des deux côtés, mais privilégient Clinton et les démocrates à 58 %.

A partir de 1996, au contraire, elles misent sur les républicains à 67 %.
Aux présidentielles de 2000, c’est Bush qui est financé massivement. Et déclaré élu bien que le scrutin ait désigné son rival Gore.

Par contre, à la présidentielle de 2008, les multinationales changent à nouveau de côté et financent davantage Obama que son rival McCain.


De toute façon, le même président peut changer de politique.
Après la chute de l’URSS et la fin de la guerre froide, Bill Clinton a d’abord baissé les budgets militaires et les commandes au complexe militaro-industriel dans l’espoir de relancer la machine économique US en général.
Mais, bien que la décision soit passée quasiment inaperçue, le même Clinton, en fin de mandat, a effectué un virage : « Le budget militaire des Etats-Unis doit augmenter de 70 % » (10).

Ce qui confirme ce qui a été dit plus haut : les grandes décisions politiques ne dépendent pas du caractère de tel ou tel président, mais bien de stratégies décidées plus haut.

Les présidents passent, les multinationales restent.


6ème Partie


La politique US alterne les méthodes


Donc, on parlera plutôt d’une alternance dans la politique des Etats-Unis. Après chaque grand revers, on constate un retour, temporaire, au « soft power ».


Après la défaite du Vietnam et la réprobation morale envers les dictatures installées par Washington en Amérique latine, les multinationales US ont porté à la présidence le gentil pasteur Jimmy Carter avec de merveilleux discours sur les droits de l’homme.

Après la guerre froide et la première guerre contre l’Irak, le président Clinton s’est efforcé d’embarquer les Européens dans ses guerres et il a soigné la présentation médiatique. En fait, pour essayer de résoudre ses problèmes, la bourgeoisie US a constamment hésité entre les deux options. Ou plutôt, elle les a alternées : un peu plus de bâton, un peu plus de carotte. Mais ses choix deviennent de plus en plus difficiles. Car aucune méthode ne résout vraiment les problèmes.


A présent, après le désastreux bilan de Bush, cette bourgeoisie US hésite entre les deux options. Ou bien la fuite en avant, c’est-à-dire la guerre tous azimuts. Ou bien un repli tactique, reculer pour mieux sauter et réorganiser les méthodes d’action.

La question n’est pas tant de savoir quel président elle choisit, mais bien quelle stratégie.


De toute façon, on n’est pas certain que la stratégie Brzezinski soit, au final, moins brutale que celle de Bush.

Il est vrai qu’en 2008, il a critiqué publiquement le président en disant qu’il était stupide de vouloir attaquer l’Iran, parce qu’il ne pouvait pas gagner et qu’une guerre serait nuisible à la situation d’Israël, au prix du pétrole, et donc à l’économie US.
Mais certains analystes pensent que Brzezinski veut ménager l’Iran parce qu’il espère retourner ce pays et le faire participer un jour à un encerclement de la Russie. Voilà la puissance qui reste la bête noire, l’obsession de l’auteur du Grand Echiquier.

Certains pensent que Brzezinski vise toujours à encercler et affaiblir complètement la Russie, quitte à en découdre avec elle. Sans oublier la Chine, devenue manifestement une cible majeure.


Dans cette hypothèse, le soft power se transformerait en une apocalypse now.


Leurs solutions aggravent le problème


Que la bourgeoisie US soit divisée sur la ligne à suivre, découle du fait que les Etats-Unis ne sont finalement pas si puissants qu’on le croit. Ni sur le plan économique, ni sur le plan militaire. A chaque fois que les dirigeants des Etats-Unis ont cru avoir trouvé une solution, il s’est avéré après un certain temps que cette solution aggravait le mal.


Par exemple, dans les années 80, pour échapper à la récession, les multinationales US ont foncé sur l’Amérique latine et d’autres régions du tiers monde, faisant main basse sur leurs matières premières, leurs entreprises, leurs marchés.

Mais comme cette offensive néolibérale a tellement appauvri ces pays, elle a provoqué des catastrophes économiques, donc des résistances de plus en plus fortes et l’Amérique latine a viré à gauche.

A partir de 1989, Washington a déclenché une guerre globale pour s’assurer le contrôle absolu du pétrole. Mais le pétrole lui a échappé de plus en plus.

A partir de 2001, Bush a déclenché sa guerre contre le prétendu Axe du Mal, mais il n’a réussi qu’à renforcer les résistances dans toutes les régions.


Les Etats-Unis paraissent très forts, mais le sont-ils vraiment ? Avec tous leurs dollars, toutes leurs technologies et tous leurs crimes, ils ont perdu la guerre de Corée (1950) et celle du Vietnam (1961-1975), ils ont dû se replier du Liban (1982) et de la Somalie (1993), ils n’auraient sans doute pas gagné en Yougoslavie (1999) si le président Milosevic avait accepté les combats terrestres, et ils ont d’ores et déjà perdu en Irak et en Afghanistan, même s’ils ne le reconnaissent pas encore.

Ne sont-ils pas, effectivement, comme on dit, un « tigre en papier » ?

Sur le long terme, les peuples qui défendent leurs richesses et leur avenir, ne sont-ils pas plus forts que les dollars et les missiles ?


Les Etats-Unis ont beau dépenser à eux seuls plus que toutes les autres nations du monde ensemble pour les budgets militaires, cela ne réussit plus à leur assurer la suprématie mondiale.

Ils sont eux-mêmes victimes, si l’on peut dire, de leur contradiction fondamentale : tout ce qu’ils font s’oppose aux intérêts de l’immense majorité des habitants de cette planète, ils créent donc eux-mêmes la force qui les abattra.


Une armée ne peut pas être plus forte que l’économie qui la finance. Et la faiblesse fondamentale qui empêchera les dirigeants US d’atteindre leur but, c’est que l’économie US scie la branche sur laquelle est assise.

En sous-payant ses travailleurs, en délocalisant une partie de sa production, en ruinant les pays du tiers monde qui devraient être ses partenaires, elle ne cesse d’appauvrir ceux à qui elle est censée vendre.


Ce problème, aucune des deux options, ni la militariste, ni l’ « intelligente » ne pourra le résoudre.
Les militaristes augmentent les dépenses et les résistances.
Les « intelligents », s’ils diminuent la terreur diffusée par la guerre directe, encouragent aussi la résistance.



Quelle que soit la tactique choisie, les Etats-Unis continueront à porter la guerre partout dans le monde, pour imposer leur système économique et leurs intérêts.

Il est urgent de recréer un puissant mouvement pour la paix et la souveraineté des peuples.

25 septembre 2008
Michel Collon


Les sources :

(1) John E. Peters, etc, War and escalation in South Asia, www.rand.org/pubs/monographs/2006/R...
(2) New York Times, 3 avril 2008.
(3) Le Monde, AFP, Reuters, Le Figaro, 21 avril 2008
(4) Corriere della sera, 21 avril 2008.
(5) Michel Collon, Monopoly, EPO, Bruxelles, 2000. Epuisé, voir copie gratuite à : Brzezinski
(6) Le Soir (Belgique), 23 avril 2008.
(7) Project for a New American Century (PNAC), Rebuilding America’s Defenses, septembre 2000.
(8) Towards a grand strategy for an uncertain world, German Marshall Fund of the United States, www.gmfus.org/event/detail.cfm?pare...
(9) Nouvel Observateur (France), 1er juillet 1999.
(10) Clinton Remarks on US Foreign Policy, 26 février 1999.

jeudi 25 septembre 2008

Le "dérangeant" Parti Communiste Libanais





« Je rêve et aucune force de ce monde ne m'empêchera… »
Raymond RICHA


Sont nombreux ceux qui souhaitaient voir le qualificatif « Jammoul » s’effacer de la mémoire et que le Parti Communiste Libanais n’ait jamais été le Père d’une résistance à l’occupation israélienne.

Ceux-là ont été déçus car ce sont les communistes qui, au Liban, inventèrent la Résistance et qui n’ont jamais perdu la boussole.
Ils persévérèrent dans leur soutien à cette résistance, notamment durant la période où le flambeau était passé entre d’autres mains.


Il n’est pas facile pour un parti de s’attacher à son identité communiste dans un pays comme le Liban où il n’y a pas de place pour une politique qui ne soit pas conçue par les émirs de toutes les confessions, où la lutte est indésirable si elle ne s’adapte pas aux intérêts de classe des plus grands du commerce et de l’exportation ainsi qu’à ceux des hauts de la finance et de la spéculation….

Ainsi, il n’est pas du hasard que les adeptes du régime, depuis la naissance de ce dernier, s’accordèrent à œuvrer pour empêcher l’entrée à l’assemblée parlementaire d’un représentant de ce parti.
Ceci fut bien antérieurement à leur souhait de retour à des lois datant de cinquante ans en arrière ; il fut bien avant ladite « nouvelle gauche » qui consiste politiquement à choisir le camp de l’impérialisme et économiquement à opter pour le libéralisme ; il fut aussi bien avant que le simple fait, aujourd’hui, de mentionner le Parti Communiste dans la Résistance, devienne un effort difficile…


Il n’est pas facile qu’un parti communiste puisse encore exister, après cette formidable exploitation de la chute du régime soviétique, exploitation ayant pour objectif de liquider définitivement tous les acquis de la classe ouvrière à travers le monde, gagnés par tant de souffrances et de sang.

Le souhait, à travers cette frénésie de mettre à l’écart et de discréditer les partis communistes dans le monde et notamment au Liban, n’est nullement de combattre l’idée d’un régime politique ; le seul objectif recherché est d’éradiquer l’idée de résister à la domination de classe et d' inventer une autre alternative à la désorganisation du travail, à sa dispersion, ainsi qu’à l’actuelle forme de production qui ne peuvent subsister qu’à la seule condition : l’exploitation de l’homme par l’homme.

Il s’agit donc d’éradiquer cette idée qui inspire les ouvriers, les intellectuels, les artistes et les combattants, ceci depuis déjà un siècle.


Aujourd’hui, la moindre discussion au sujet de la justice sociale est qualifiée de pratique de la langue de bois ; qu’en sera-t-il alors s’il s’agissait d’un rêve d’un nouvel ordre économique ?

Sans doute quelques uns souhaitent mettre fin à ce rêve.


24 septembre 2008
Khaled Saghieh
Traduction : Raymond RICHA

samedi 20 septembre 2008

Commission de suivi de la Rencontre des Partis et Personnalités Patriotiques Libanais

COMMUNIQUE


LIBAN

Nous condamnons l’acte criminel des Forces Libanaises (Geagea) perpétré à Koura, dans l’assassinat de Youssef Frangié, un des responsables du mouvement « Al Marada », membre de l’Opposition. Cet acte s’inscrit dans la logique de Geagea qui se traduit par l’instauration de la terreur, en réponse à la montée grandissante d’Al Marada.Nous exigeons des autorités une enquête sur cet acte et l’arrestation des commanditaires.


Nous saluons l’initiative du Président de la République en vue de la réconciliation nationale et de la symbiose entre notre Résistance et notre Armée, dans le cadre d’une stratégie de défense nationale, et souhaitons l’élargissement du dialogue, en faisant participer tous les partis politiques et tous les acteurs de la société civile.


PALESTINE

Nous exprimons notre inquiétude des derniers évènements sur le plan sécuritaire à Gaza, l’objectif recherché à travers ces évènements étant l’affaiblissement de la Résistance, cette résistance que l’entité sioniste, malgré le blocus, n’arrive pas à liquider.Nous appelons toutes les factions palestiniennes à surmonter leurs différents par le dialogue et l’unité.


AMERIQUE LATINE

Nous condamnons la détention des cinq citoyens cubains par les Etats-Unis d’Amérique et exigeons leur libération immédiate.


Nous saluons les dernières initiatives des pays d’Amérique Latine dans le cadre de leur lutte commune contre l’ingérence de l’impérialisme américain et contre les dernières tentatives de déstabilisation en Bolivie.

vendredi 19 septembre 2008

Naissance...



26ème anniversaire du déclenchement de la Résistance au Pays des Cèdres

LIBAN RESISTANCE
EXPRIME SA PROFONDE SYMPATHIE
ENVERS LE PARTI COMMUNISTE LIBANAIS

jeudi 18 septembre 2008

la haine déferle sur Kafr Roummane

Kafr Roummane (Liban Sud) : 73 km de Beyrouth







Pendant que l’esprit de réconciliation nationale règne sur le Palais Présidentiel, la haine anti résistante déferle sur Kafr Roummane.

Plusieurs tombes de résistants communistes ont été profanées, ainsi que les stèles en mémoire de notre Résistance.

Le mouvement Amal a exprimé son indignation face à cette haine déferlante et exige une enquête permettant d’identifier et de traduire en justice les auteurs et leurs commanditaires.
Par ailleurs, en exprimant sa profonde solidarité envers le Parti Communiste Libanais, il considère cette haine comme étant également dirigée contre tous les résistants, sans aucune exception.



Ils n’ont pas pu liquider notre Résistance profondément enracinée dans le sol de notre Sud…Ils se vengent alors en profanant les tombes de nos martyrs.



18 Septembre 2008
Raymond RICHA

mardi 16 septembre 2008

vrac...







Les prémisses de la chute de l’entité sioniste
Ils sont tellement aveugles jusqu’au point de vouloir aller traquer l’acte résistant dans les entrailles de notre sol…
Misérables esprits que sont ces néo nazis ; ils peuvent aller jusqu’au noyau terrestre pour déterrer nos fils et filles…en vain.
http://www.ism-france.org/news/article.php?id=9917&type=communique&lesujet=Armement%20israélien









Amorce d’une nouvelle dynamique…nos peuples dans l’acte résistant
http://www.ism-france.org/news/article.php?id=9919&type=communique&lesujet=Blocus

lundi 15 septembre 2008

1960......

Sans nos mamans, nos sœurs, nos épouses et nos fiancées, aucun devenir ne sera possible pour notre Liban ; sans leur contribution, le futur, comme le présent, sera une réplique du passé.
Raymond RICHA





« La Rencontre nationale » libanaise appelle à la lutte contre la loi électorale de 1960
dimanche 14 septembre 2008



Pour le quota féminin, contre le confessionnalisme politique

La « Rencontre nationale pour l’élimination de toute discrimination contre la femme » a tenu une réunion exceptionnelle afin de discuter de la loi électorale, à la suite de quoi elle a publié le communiqué suivant :

La « rencontre nationale pour l’élimination de toute discrimination contre la femme » considère que l’insistance des pouvoirs politiques libanais à reprendre la loi électorale de 1960 constitue un grand danger pour l’unité du Liban et la sécurité de ses citoyens.

Cette loi, déjà utilisée, ne peut qu’envenimer les divisions religieuses et confessionnelles déjà existantes.

De plus, elle est en opposition avec la Constitution qui prône la nécessité de supprimer le confessionnalisme religieux du domaine politique, la remise en question des divisions électorales dans le sens de « l’unité de la terre, du peuple et des institutions » et, surtout, une « représentativité politique plus juste et plus efficace de tous les constituants du peuple », en particulier les femmes qui représentent 53% de la population.

Voilà pourquoi la « Rencontre nationale » déclare fermement son refus de voir s’appliquer cette loi dangereuse et qui est en contradiction directe avec plusieurs articles de la Constitution.

Elle appelle à lutter par tous les moyens démocratiques contre cette loi qui doit être réformée dans le sens des propositions faites, en 2005, devant la Commission nationale présidée par M. Fouad Boutros et revendiquant :

1. Une loi électorale basée sur la proportionnelle qui constitue la meilleure garantie pour une juste représentation.

2. Une loi qui reconnaît le droit du « quota féminin » pour une période transitoire et qui fixe ce quota à 30%, en concordance avec ce qui est écrit dans la « Convention internationale pour l’élimination de toute discrimination contre la femme » que le Liban a signée en 1996.

3. Une loi dont le but sera de supprimer le confessionnalisme dans le domaine politique, parce qu’il constitue la cause principale des guerres civiles cycliques au Liban.

4. Une loi qui donnera aux jeunes de 18 ans la possibilité de participer à la vie de leur pays.

5. Une loi qui fixera avec minutie les dépenses électorales afin de mettre fin à la corruption et à l’abus de pouvoir.

Les représentantes et représentants de la « Rencontre nationale » ont décidé de poursuivre leur action à travers des réunions avec les députés, les ONG et associations qui poursuivent le même but et à travers des actions populaires qui seront publiées ultérieurement.

Beyrouth, le 13/9/2008
Le Bureau exécutif de la « Rencontre nationale pour l’élimination de toute discrimination contre la femme » au Liban


La « Rencontre nationale pour l’élimination de toute discrimination contre la femme » regroupe des ONG de femmes et de jeunes, les syndicats des enseignants et de la presse, des syndicats d’ouvriers et d’employés, ainsi que des personnalités féminines et masculines.

Elle fut créée, suite à un appel de la « Ligue des droits de la femme libanaise », afin de changer les lois discriminatoires contre les femmes au Liban.

Marie NASSIF-DEBS

dimanche 14 septembre 2008

deux poids...deux mesures


11 Septembre 2001…World Trade Center…2750 civils assassinés
les « Grands » de ce monde s’indignent et de surcroît incriminent les deux peuples d’Afghanistan et d’Iraq, prélude à leur invasion de ces deux pays





17 Septembre 1982…Sabra et Chatila…3500 civils assassinés
bouches cousues et mains liées des « Grands » de ce monde qui, de surcroît, soutiennent jusqu’à nos jours l’entité sioniste




11 Septembre 1973…Le Chili…Plusieurs milliers de civils assassinés
les « Grands » de ce monde assistent, bouches cousues et mains liées, aux massacres perpétrés par Pinochet


14 septembre 2008
Raymond RICHA

TOUS ENSEMBLE...



Tous les partis politiques, notamment les partis laïcs comme le Parti Communiste Libanais, toutes les organisations syndicales, notamment la C.G.T.L., devront participer au dialogue national initié par notre Président de la République.

Ce dialogue évoquera les grands enjeux portant sur :

1- L’identité, la souveraineté de notre pays ainsi que la nécessité d’une stratégie de défense nationale avec comme pivot central l’alliance de notre Résistance et de notre Armée

2- Les réformes politiques et socio économiques

Si nous voulons que ce dialogue soit fructueux, si nous voulons que le concret se dégage de cette rencontre, si nous sommes réellement un peuple têtu, alors ayons le courage de dire tout haut, puisque cela gêne l’ennemi :




TOUS ENSEMBLE POUR LE DIALOGUE






14 Septembre 2008
Raymond RICHA
Mofaz
Livni


Au bazar électoral, au sein du parti Kadima
La course au pouvoir des responsables et leurs surenchères ont débuté autour d’un programme :
L’assassinat de notre Sayyed

samedi 13 septembre 2008

Saleh Al Aridi

Chaoul MOFAZ










Saleh Al ARIDI, membre du Parti Démocrate Libanais, parti politique de l’Opposition, fut assassiné à Bayssour, dans la montagne libanaise….

Chaoul MOFAZ, ministre israélien des télécommunications appelle à la poursuite des assassinats politiques des responsables de la Résistance Palestinienne….

Il faut être franchement naïf en croyant que cette pratique criminelle de l’entité sioniste ne s’applique pas au Liban.

Quand finalement admettrons-nous que tous les assassinats politiques perpétrés sur notre sol sont l’œuvre du Mossad, assisté par ses collaborateurs et indicateurs libanais ?

Quand admettrons-nous qu’à chaque tentative de rapprochement et de réconciliation entre libanais, l’entité sioniste réactive sur notre sol ses services, dans le seul objectif de saper à nouveau notre unité autour de notre Résistance et notre Armée ?

Il est urgent que l’actuel gouvernement mette en œuvre une politique sérieuse d’éradication de la terreur d’où qu’elle vienne, surtout en cette période où notre Président de la République initie une dynamique de réconciliation nationale, dynamique non souhaitée par l’entité sioniste et ses alliés arabes et occidentaux.




12 Septembre 2008
Raymond RICHA

jeudi 11 septembre 2008

11 Septembre 1973...CHILI



EN HOMMAGE AU PRESIDENT ALLENDE
AU GRAND POETE PABLO NERUDA
ET A TOUTES LES VICTIMES DU FASCISME

LIBAN RESISTANCE
VOUS INVITE A ASSISTER A
« IL PLEUT SUR SANTIAGO »
UN FILM DE HELVIO SOTO

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QUELQUES SCENES RISQUENT DE HEURTER LES PERSONNES SENSIBLES

mercredi 10 septembre 2008

CHILI 11 Septembre 1973......11 Septembre 2008











11 septembre 1973, coup d’Etat au Chili
Alvaro Cuadra
Difficile de faire allusion aux évènements du 11 septembre 1973 en laissant de côté ses propres passions. Car ils ont été traumatisants pour une grande majorité de Chiliens et les conséquences se font toujours sentir aujourd’hui : le coup d’Etat d’il y a plus de trente ans n’est pas enterré. Au contraire, le présent économique, politique et culturel du Chili ne s’explique pas sans lui.


8 septembre 2008


La dictature militaire a dessiné le moule d’où émerge le Chili d’aujourd’hui. Une manière particulière d’organiser l’économie, le néolibéralisme. Une manière d’administrer la politique, une démocratie de basse intensité. Un type de culture adversaire de toute forme collectiviste ou associative, l’individualisme.


Ce moule reste en vigueur dans chacune des composantes du pays. Tout observateur neutre doit reconnaître que le cadre militaire n’a fait l’objet que de rares changements et seulement dans l’apparence.

Il suffit de voir par exemple que la constitution militaire reste la règle générale de la vie de la nation.


Le sens de cette réorganisation militaire du Chili contemporain a été et demeure toujours de sauvegarder la tradition et l’ordre de la nation, c’est à dire comme l’affirmait Pinochet lui-même de sauvegarder la vie et la fortune des élites dirigeantes qui sentent leurs privilèges menacés.


En toute honnêteté, nous devons admettre que les voûtes maîtresses de l’ordre militaire ont tenu jusqu’à ce jour, assumant le rôle pour lequel elles furent créées, depuis la loi électorale jusqu’à la législation relative à la santé, la prévoyance sociale ou les lois sur le revenu.

En fait, la dénommée Concertation des Partis de la Démocratie n’a fait qu’administrer le modèle hérité avec le but avoué de garantir la continuité. De sorte qu’au-delà d’épileptiques bravades et de l’éculé discours démagogique, les personnages concernés ont agit plus comme émissaires de la droite économique que comme représentants du peuple.


Incapables de promouvoir un projet historique alternatif, ils se sont confinés dans une atmosphère d’incapacité et de faiblesse morale, pour employer un vocabulaire élégant.


Comme dans un mauvais roman de terreur, le Chili amnésique d’aujourd’hui tourne son regard vers les vitrines illuminées de la consommation de luxe aux rutilants écrans plasma, pendant que dans la cour on déterre les ossements d’un voisin ou d’un parent.

Ce sont les morts silencieuses de cette histoire macabre qui persiste encore, obstinée à cacher des cadavres dans la garde-robe.


Le 11 septembre n’est pas terminé dans notre pays, il est présent dans chaque ligne de la constitution, dans le gris opaque des casernes et des commissariats, dans le rire narquois des notables et des hommes d’affaires.


Le 11 septembre continue à vivre chez ceux qui sont tellement redevables envers le Général.

Le crime commis au Chili ne s’arrête pas aux événements dramatiques connus de tous. Le vrai mal est encore avec nous, dans notre vie quotidienne, dans l’injustice banalisée et acceptée comme désespoir.


La vraie trahison au Chili est d’avoir empêché, que pour la première fois, ces hommes et ces femmes humbles commencent à construire leur propre dignité au travers de leurs enfants et des enfants de leurs enfants.


Au bout du compte, Auguste Pinochet Ugarte a été la main tyrannique qui a interrompu la merveilleuse chaîne de la vie. Comme Caïn, le Général a assassiné ses frères, offensant l’esprit qui vit au fond de l’histoire de l’humanité.

Ses œuvres, son héritage lamentable est bien connu : des générations de Chiliens condamnés à l’enfer de l’ignorance, de la pauvreté, du deuil et de l’indignité. Dans le Chili d’aujourd’hui, il n’y a pas de place pour les morts, pas plus que pour les vivants.


Au-delà des complicités et du mensonge pour cacher la nature de cette tragédie, malgré les efforts des faux prophètes pour exorciser les cendres en prêchant la résignation, au-delà des démagogues de dernière heure qui règnent aujourd’hui au Palais, il y a un peuple silencieux qui incarne l’avènement d’un autre monde.


Alvaro Cuadra, chercheur et professeur à l’ELAP, Ecole latino-américaine des Post gradués, membre d’Arena Pública, Plateforme d’opinion. Université des Arts et Sciences Sociales ARCIS-CHILE. Traduction : José Gregorio, Investig’Action.



Cent ans après la naissance de Salvador Allende
Marcel Claude
Le 4 décembre 1972, Salvador Allende, président du Chili à l’époque, eut l’occasion de se présenter devant l’Assemblée Générale des Nations Unies à New York et de rendre compte de la situation du pays qu’il présidait. Beaucoup de choses ont changé au cours des 35 dernières années. D’autres, cependant, restent identiques et dans certains cas même, la distance s’est creusée entre ce que l’on souhaitait et la dure réalité.


7 septembre 2008


En ce qui concerne les changements négatifs, une mise à jour devrait, en 2008, se formuler de cette façon : « Je viens du Chili, un petit pays où aujourd’hui, aucun citoyen n’est plus libre de s’exprimer comme il aimerait le faire.
Un pays où sévit une inquiétante intolérance culturelle, religieuse et idéologique.

Un pays où la discrimination raciale est importante. Un pays où la classe ouvrière est morcelée à l’extrême en différentes organisations syndicales assez démunies.

Un pays où le suffrage universel et secret est chaque jour de moins en moins participatif, et consacre de plus en plus un régime politique qui pratique l’exclusion.

Un pays où le parlement a connu une sévère interruption dans son fonctionnement depuis sa création, il y a 196 ans, et qui subsiste avec un pouvoir limité et une représentation populaire douteuse.

Un pays où les tribunaux ne sont pas indépendants de l’exécutif ni des pouvoirs économiques et militaires.

Un pays qui, depuis 1981, dispose d’une charte constitutionnelle créée en fonction des besoins d’une oligarchie représentée dans le gouvernement dictatorial d’Augusto Pinochet et avalisée par les présidents Aylwin, Frei Ruiz-Tagle, Lagos et Bachelet.

Un pays dont la vie publique est construite autour d’institutions civiles placées sous la tutelle des Forces Armées et faisant preuve d’un esprit démocratique extrêmement limité.

Un pays qui, avec près de dix-sept millions d’habitants, n’a obtenu aucun prix Nobel dans les 30 dernières années, ce qu’obtinrent Gabriela Mistral et Pablo Neruda, tous deux fille et fils de modestes travailleurs d’un Chili moins prétentieux et arrogant, mais aussi plus humain et plus noble ».


Si l’on développe le même argumentaire, il n’est plus possible aujourd’hui de dire que le peuple chilien « se consacre pleinement à la restauration de la démocratie économique afin que la production réponde aux besoins et aux attentes sociales et non aux intérêts particuliers ».


Si l’on pouvait au moins ajouter que « les travailleurs sont en train de se déplacer vers les secteurs privilégiés du pouvoir politique et économique, aussi bien dans les centres de travail que dans les communes et à l’Etat ».


Mais il faudrait plutôt dire que le processus en cours dans le pays est radicalement opposé à cela et qu’on ne se dirige pas, comme Allende le soutenait à l’époque, vers un dépassement du système capitaliste mais, au contraire, que se consolide un capitalisme chaque jour plus sauvage et plus impitoyable.


Lors de ce discours très applaudi, Allende soulignait la nécessité de mettre au service des énormes carences du peuple chilien la totalité des ressources économiques. Cette nécessité était, d’après lui, directement liée au recouvrement de la dignité du Chili.


Selon Salvador Allende, il nous fallait en finir avec une situation où nous, les Chiliens, nous devions exporter d’énormes capitaux au bénéfice de la plus grande puissance économique du monde, alors que nous étions en train de nous débattre contre la pauvreté et l’immobilisme.
Pour cette raison, la nationalisation des ressources de base constituait une revendication historique.

Notre économie ne pouvait tolérer plus longtemps une subordination impliquant que 80% de nos exportations soient aux mains d’un groupe réduit de grandes compagnies étrangères, qui avaient toujours placé leurs intérêts avant les besoins des pays où elles réalisaient leurs lucratives opérations.

Nous ne pouvions pas non plus accepter le cancer des latifundia, les monopoles industriels et commerciaux, le crédit au bénéfice de quelques - uns ainsi que les brutales inégalités dans la distribution des revenus. Cette réalité, dénoncée à l’époque par le président Allende, ne s’est pas modifiée pour l’essentiel, elle s’est même aggravée.

Aujourd’hui, en effet, les monopoles et la concentration des richesses sont pires encore qu’ils ne l’étaient alors. La propriété de la terre et des principales ressources naturelles continuent ainsi à servir d’usufruit au capital transnational et aux groupes économiques nationaux.


En ce qui concerne le cuivre, Allende dénonçait le fait que « rien que dans les quarante-deux dernières années, quatre milliards de dollars de bénéfices avaient été accaparés… ». Combien plus encore ne faudrait-il pas se scandaliser à l’heure actuelle, quand, dans la seule année 2006, les compagnies multinationales qui exploitent le cuivre chilien en retirèrent la modique somme de 20 milliards de dollars.

A l’époque, Allende comparait les chiffres et demandait que l’on ait présent à l’esprit qu’une partie seulement de cette somme assurerait à tous les enfants du Chili, et pour toujours, la quantité de protéines nécessaires.

Ce qui est grave, c’est que cela ne se passe pas seulement pour le cuivre mais également pour l’eau, pour le sol, ainsi que pour toutes les ressources du pays comme l’industrie de la pêche, ou l’industrie forestière.

Aujourd’hui, comme par le passé, nous pouvons affirmer avec Allende que « le Chili est aussi un pays dont l’économie reste soumise aux entreprises capitalistes étrangères…

Un pays dont l’économie est extrêmement sensible face à la conjoncture extérieure, un pays où des millions de personnes ont été forcées de vivre dans des conditions d’exploitation et de misère, et connaissent un chômage manifeste ou déguisé. ».


Le Chili est arrivé à un tel degré de régression dans quasiment tous les domaines que les conclusions d’Allende à propos d’un peuple chilien politiquement mûr ne sont même plus valables.

Aujourd’hui, c’est exactement le contraire. Comme peuple, nous faisons preuve, en effet, d’une immaturité politique considérable. Elle empêche, à cause de notre manque de dynamisme pratique, de capacité de réflexion, de notre mollesse, de notre flemme et, osons le dire, de notre suprême médiocrité, toute participation active et décidée face au pillage, aux vols et à tous ces multiples abus dont nous sommes victimes.


La tragique actualité de ce discours, qui fut ovationné par l’Assemblée Générale des Nations-Unies, se manifeste également dans les conséquences, qui deviennent chaque jour de plus en plus évidentes, et qu’Allende lui-même présentait comme le résultat du processus de globalisation.

Il soutenait en effet que, pour le Chili comme pour tant d’autres pays du tiers monde, il n’y avait d’autres perspectives que d’être condamnés à exclure le bien-être et la libération sociale des possibilités offertes par le progrès. Et cela concerne de plus en plus de millions de personnes rejetées à un niveau indigne d’un être humain.


Malgré tout, nous croyons, avec Allende, que les grandes valeurs de l’Humanité devront prévaloir, qu’elles ne pourront être détruites.


Marcel Claude, économiste, directeur d’Arena Pública, Plateforme d’opinion. Université des Arts et Sciences Sociales ARCIS-CHILE. Traduction : Jean Pierre Plumat, Investig’Action



Chili, 35 ans après...
Patricia Parga-Vega
Mardi 11 septembre 1973, le destin de toute une nation et l’espoir d’un continent vont basculer, tout comme le cours de l’histoire…


8 septembre 2008


La disparition forcée, la torture, la prison politique et la délation inaugurent une étape considérée comme « brillante » par les Etats-Unis.


Le président Salvador Allende Gossens paya de sa vie l’obstination à mener à bien le mandat confié par son peuple et devint, pour le monde entier, un symbole de dignité.


Bien que son gouvernement n’ait pas duré la moitié de son mandat, Allende a été l’une des figures les plus décisives de l’histoire du Chili du vingtième siècle.


Aujourd’hui, depuis les entrailles du pouvoir nord-américain comme le Church Inform, les documents déclassifiés de la CIA ou les mémoires personnelles d’autorités proches de Nixon, nous avons connaissance avec certitude de l’opération sanglante préparée patiemment pendant dix ans par les Etats-Unis (1963-1973).


Dès la reconnaissance du succès d’Allende par le Sénat chilien, deux réunions ont lieu aux USA, les 8 et 14 septembre 1970.

A ces mêmes dates, le président de Pepsi-Cola, Donald M. Kendall, marque son empreinte dans cette tragique histoire.


Le 14 septembre, dix jours après l’élection présidentielle chilienne, Kendall se rend à la Maison Blanche et demande à Nixon, qui avait travaillé comme avocat pour Pepsi-Cola, qu’il accorde une audience extraordinaire à un ami et collègue chilien : Agustín Edwards, le propriétaire d’un des journaux les plus influents du Chili : El Mercurio.

La relation Nixon/Kendall était basée sur une dette politique et comme les dettes se paient… Kendall avait reconstruit politiquement Nixon après son échec à la course pour la Californie, et l’avait soutenu jusqu’à la Maison Blanche.

Répétition d’une scène souvent vécue en Amérique latine : le pouvoir des transnationales cherchant à infléchir le cours de l’histoire en leur faveur et dans leurs intérêts, au mépris des coûts humains et en s’associant pour cela avec les acteurs locaux ultraconservateurs.


La réunion Nixon/Kendall eu lieu dès le lendemain 15 septembre 1970, ce qui indique clairement la priorité de l’affaire pour la Maison Blanche.

Le puissant impresario chilien Agustín Edwards demande l’aide des Etats-Unis pour éviter le désastre au Chili (1).


Kissinger attribue au chilien Edwards la responsabilité d’avoir fait pression sur Nixon, de l’avoir « chauffé » pour qu’il décide d’actions drastiques.


Après cette entrevue, Nixon se réunit ce même jour, avec Kissinger, le Général Attorney John Mitchell- qui se trouvait là à titre privé et non officiellement- et Richard Helms, directeur de la CIA, qui enregistra quelques notes de cette réunion :


-Même s’il n’y a qu’une chance sur dix, sauvez le Chili. -Dépenses illimitées.


-Peu importe les risques à courir.


-Ne pas impliquer l’ambassade.


-Dix millions de dollars disponibles, plus si nécessaire.


-Travail à temps plein avec à disposition les meilleurs hommes.


-Elaborer un plan stratégique avec toutes les variantes possibles.


-Faire crier de douleur l’économie chilienne.


-48 heures pour le plan d’action.


« Lors de cette rencontre, Nixon nous ordonna, à nous trois, de n’informer de ces instructions ni le secrétariat d’Etat, ni le secrétariat de Défense, ni l’ambassadeur au Chili, ni le chef de la CIA au Chili. Ce fut le plus grand secret jamais tenu dans ma carrière » assura Richard Helms en écrivant ses mémoires.


Le Church Inform nota ainsi le résultat de cette entrevue : « Le 15 septembre, le Président Nixon informe le directeur de la CIA, Richard Helms, que le gouvernement d’Allende n’est pas acceptable pour les Etats-Unis et mandate la CIA pour qu’elle joue un rôle direct en organisant un coup d’état au Chili afin d’éviter qu’Allende n’accède à la présidence».

Ce qui fut consigné par le directeur de la CIA lui-même, dans ses mémoires : « Le Président m’ordonna de fomenter un coup d’état militaire au Chili, un pays jusqu’alors démocratique »(2). Il ajouta dans ses notes que « ni Nixon, ni Kissinger ne s’embarrassaient des risques que cela supposait ».


Néanmoins cette première étape destinée à éviter la présidence d’Allende, échoua, ce qui déclencha une deuxième réunion d’urgence. A ce niveau, comme conclusion du Church Inform, avec Allende installé à la Moneda, tous les efforts de la Maison Blanche « étaient orientés vers le coup d’Etat militaire ».


Le résultat de cette manœuvre US engendre aujourd’hui, 35 ans après les faits, les réflexions intéressantes et inédites de quatre intellectuels chiliens bien placés, sur une lecture de l’histoire, sur les conséquences actuelles, au Chili, de la victorieuse stratégie des Etats-Unis, sur son perfectionnement et son incursion dans d’autres pays du tiers monde, sur la nécessaire mémoire historique et sur le rôle des médias.


(1)Henry Kissinger, White House Years (Brown, Boston : Little, 1978)

(2)Richard Helms, A Look over my Shoulder (New York: Random House, 2003)


Patricia Parga-Vega est journaliste, membre de l'équipe Investig’Action. Traduction: José Gregorio, Investig’Action.


Le côté obscur du Chili actuel
Ernesto Carmona
Qu'est-ce qui a changé au Chili depuis que le gouvernement démocratiquement élu de Salvador Allende a été abattu ?

35 ans se sont écoulés, dont 17 ans de dictature militaire et 18 ans de "transition à la démocratie", conduite par une coalition appelée Concertation des Partis pour la Démocratie, constituée des partis Socialistes, Chrétien Démocrate et Pour la Démocratie ainsi que d'autres partis mineurs comme le parti Radical.


6 septembre 2008


La première observation est que la "transition" a duré déjà plus longtemps que la dictature. Mais les conditions de vie du peuple ont dramatiquement empiré depuis l'époque d'Allende. Et il y a peu de possibilités de protester.


Aujourd'hui, il existe une démocratie perverse et formelle qui limite l'accès des pauvres à la politique et exclut toutes formes de participation de la minorité communiste et d'autres groupes de gauche.

Un système binominal d'élections a été précisément créé pour que deux grands blocs, la droite et la Concertation, se relaient perpétuellement au pouvoir, comme cela se passe avec les démocrates et les républicains aux Etats-Unis.


La fin de la dictature n'a pas été uniquement le résultat de la lutte du peuple, qui a généreusement apporté son sang. Elle a été favorisée, d’une part par ceux qui, aujourd'hui, gouvernent le pays, mais également par un accord politique qui a prévalu et qui a été poussé par les mêmes acteurs internationaux à l’origine de la chute de Salvador Allende. C'est-à-dire les Etats-Unis, la CIA, l'Agence des États-Unis pour le développement international (United States Agency for International Development ou USAID), le Fond National pour la Démocratie (en anglais le sigle est NED).


Et les grandes corporations transnationales dont les affaires relatives à l’exploitation des ressources naturelles vont nettement mieux depuis ces 18 dernières années, d’après tous les indicateurs.


Les secteurs, parmi beaucoup d'autres qui produisent les plus grands bénéfices du capital local et international sont :

- le travail des mines de cuivre, à 70 % privé,

- l'industrie de la cellulose qui est extraite des bois du territoire indigène.


Nouvelle droite « progressiste »


La dictature reste présente, mais sous une autre apparence, dans le modèle à succès de "développement démocratique" dont pâtit le Chili, mais qui est exporté comme image enviable vers d'autres pays.


L’atout de la dictature, qui date de 1980, a été légitimé par des réformes constitutionnelles successives "d'un patch", issues de la concertation entre le gouvernement et la droite parlementaire.


Chaque fois qu'elles en ont l'opportunité, les organisations patronales de la droite manifestent leur satisfaction face au fonctionnement du commerce sous l’administration « concertacioniste », particulièrement sous la sixième présidence de Ricardo Lagos (2000-2006).


Pendant ces 18 années de "transition à la démocratie", la Concertation s'est convertie en une néo-droite, avec une teinte socialiste et sociale chrétienne. Comme cela s’est produit avec les partis "progressistes" d’Europe et d’ailleurs, où la démocratie sociale a imité la démocratie chrétienne comme nouvelle expression rénovée de la droite traditionnelle.


Le socialisme d'aujourd'hui n'est pas le même que celui de l’époque d'Allende.

Le parti du président immolé, qui prétendait réaliser des réformes sociales, retourne en arrière en suivant le chemin suivi par ses collègues socialistes d'Espagne et de France, les travaillistes du Royaume-Uni, le parti "trabalhista" du Brésil et tant d’autres.


On peut librement traverser le Chili d'aujourd'hui mais par des routes privées. Santiago a un réseau d'autoroutes urbaines payantes.


Les gens sont tristes parce qu'ils sont endettés, bien qu’il existe quelques emplois, mais précaires et flexibles.


Les employeurs n'ont pas à se compliquer la vie avec la sécurité sociale.


L'éducation, la santé et la protection sociale ont été privatisées et ont été converties en commerces ou en entreprises.


Une nouvelle classe politique d’apparence "démocratique et progressiste" s'est incrustée dans la superstructure du pouvoir de l'État pour administrer la spoliation du peuple chilien et de ses ressources naturelles avec une plus grande "efficacité" que les militaires.


Et avec peu de réclamations de la part des travailleurs grâce au contrôle de la Concertation sur la Centrale Unique de Travailleurs (CUT).


Cette classe politique a aussi mis en place un processus de corruption, aux dépens des fonds publics, sans précédent dans l'histoire politique républicaine du pays.



Les rebelles sont jeunes


Les dissidents, dont des centaines de milliers de gauchistes « allendistas » (pro Allende), ne trouvent pas leur place dans cette démocratie parce que le système électoral binominal bloque l’accès au parlement.


Les jeunes renoncent à s’inscrire dans les registres électoraux et donc refusent d’acquérir le droit de vote. En effet, s’ils étaient inscrits, ils auraient l'obligation de voter et risqueraient de sévères sanctions au cas où ils n’exerceraient pas leur droit de vote.


Le gouvernement essaie de légiférer une inscription automatique lors de la majorité à 18 ans accomplis, en maintenant le caractère obligatoire du vote, dans un effort désespéré pour récupérer la représentation électorale perdue.


Paradoxalement, ceux qui s'opposent à cette mesure totalitaire sont les propres héritiers politiques du pinochetisme, qui maintenant jouent au populisme électoral dans la lignée du PP, le Parti Populaire espagnol (la droite espagnole, héritière du franquisme).


Lorsque quelques syndicats, qui ne sont pas sous le contrôle de la Concertation, et certains secteurs de la société chilienne manifestent leur mécontentement du nouveau modèle politique et économique qui favorise les riches, ils sont brutalement réprimés par le gouvernement dit "socialiste", au nom du système sacré légal, hérité de la dictature, qui garantit la spoliation néolibérale.

Les plus affectés ont été les syndicats de travailleurs employés dans la sous-traitance, ou de « troisième » catégorie avec un emploi précaire et flexible, les étudiants et l'ethnie Mapuche (Indiens du sud du Chili), dont le territoire reste occupé militairement depuis des années, sans rien à envier à la situation palestinienne.

Comme Israël, le Chili ne fait aucun cas des recommandations des organisations de droits de l’homme des Nations Unies.

La région Mapuche, avec des habitants d’une pauvreté extrême perpétuelle, est un territoire occupé par les Carabineros (police militarisée chilienne) et dans un état de siège permanent, tandis que ses terres sont exploitées par les industriels du bois des groupes économiques les plus riches du Chili.


Le gouvernement de la socialiste Michèle Bachelet a choisi le chemin de la répression, avec jusqu’à 1.500 arrestations d’étudiants en juillet 2008.


La police militarisée des Carabineros exerce une brutalité sans borne, même lors d’arrestations régulières ordonnées par un tribunal.


Le décès d’un chef policier dans un accident aérien au Panamá, alors qu'il partait faire du shopping avec sa famille et des parents, a été élevé au rang de tragédie nationale par le gouvernement et les médias, avec deuil officiel et un gaspillage de propagande qui a élevé le défunt au rang de saint.



Le rôle des médias


Tout cela arrive alors qu'il existe une criminalisation croissante de la protestation civile, qui a commencé par la réduction de la responsabilité pénale des jeunes hommes à 14 ans.


Les étudiants qui protestent dans la rues courent le risque d'être inculpés comme auteurs de crimes, et non seulement de désordre public, comme cela est le cas déjà dans d’autres pays, comme le Salvador qui a fait sienne la loi antiterroriste des Etats-Unis, le Patriot Act.


Cependant, quand un étudiant de 15 ans est détenu et battu par les Carabineros dans les rues de n'importe quelle ville, il doit rester détenu jusqu'à ce que ses parents aillent le chercher au commissariat.


Il y a donc un double standard entre les droits citadins et la responsabilité pénale qui agit toujours contre les jeunes.


Le débat parlementaire a lieu entre quatre murs, presque de la même façon qu’au temps de la dictature.

Seule différence, maintenant la salle est plus grande et il y a plus de protagonistes de la classe politique, profitant d'un salaire que "tous les Chiliens" paient.

Il n'y a pas non plus de débat public démocratique dans la presse où toutes les opinions ne peuvent s’exprimer puisqu’il n’existe aucune liberté d’expression pour les critiques et les dissidents.


Les grands médias, dont la propriété est très concentrée, appuient les mesures répressives et autres politiques du gouvernement qui sont voulues par des groupes économiques et des pouvoirs de facto.


Les médias pratiquent un double jeu d'appui et de critique, bien qu’en apparence les plus populaires s'occupent de sujets banals.

Deux entrepreneurs contrôlent la presse écrite du pays, Agustín Edwards et Álvaro Saieh, à travers leurs journaux vedettes El Mercurio et La Tercera.

La télévision suit la même voie idéologique, cultive la banalité, stigmatise les protestations sociales et criminalise ses protagonistes à travers toutes les chaines.


Le candidat à la présidence Sebastián Piñera, qui est la version locale de Silvio Berlusconi, a son propre canal de télévision, tandis qu’un autre canal répond au Vatican, un troisième appartient au multimillionnaire Richard Claro de l'Opus Dei, deux autres au magnat mexicain Ángel González.


Et le canal de l'État est codirigé pour les intérêts communs d’une direction accordée par les quotas politiques entre la droite et la Concertation.



Des députés "choisis" à main levée


Il semble impossible de décrire le Chili d'aujourd'hui dans une chronique simple, 35 ans après la mort de Salvador Allende.


Il y a des façons multiples de décrire cette situation.


Par exemple, ces jours-ci, les Chiliens se sont informés de l’accès au pouvoir d'un nouveau député qui n'a jamais été élu.

Il s'agit du remplaçant socialiste du président de la Chambre, le défunt Jean Bustos.


La loi a permis que le successeur soit désigné à main levée par le parti du défunt. La chance est tombée sur Marcelo Schilling, devenu célèbre comme organisateur du "la Oficina", une instance d'espionnage interne créée par Patricio Aylwin (2000-2004) et que Ricardo Lagos a convertie en Agence Nationale d'Intelligence (ANI) pour surveiller les dissidents.


Les entrepreneurs exportateurs de matières premières comme les raisins, les pommes et les poires se plaignent depuis des années de la dévaluation du dollar, et du fait que ce soit un phénomène mondial et non chilien.

Avec une partie de l'argent de la vente de 30 % du cuivre, que l'État continue de posséder (Allende l’avait nationalisé à 100 %), la Banque centrale a acheté 8 milliards de dollars pendant toute l’année 2008, faisant ainsi monter artificiellement le prix de la devise étrangère sur le marché interne dans l’intérêt des exportateurs.


Cette mesure a engendré une inflation qui élève dramatiquement le prix de la vie et de l'énergie, qui est essentiellement importée comme le gaz argentin.


Par ailleurs, on a violé l'une des normes sacrées de l'économie néolibérale, manipulé "la main libre du marché". Mais cela n’est pas important pour les journaux comme El Mercurio qui défendent pourtant à corps et à cris le néolibéralisme.


Le ministre de l’économie, Andrés Velasco, en est arrivé à dire que les derniers chiffres du chômage sont bons parce qu'ils indiquent qu'il y a plus de gens cherchant du travail (sic).



… Et ils ont mis à la porte à mon voisin …


Le Chili a été le pays le plus frappé par l'expérience néolibérale mondiale qui a commencé dans les années 70.


Précisément, pour cette expérimentation sur un peuple menotté, emprisonné ou assassiné, sans la capacité de réclamer, une dictature militaire s'est établie.


Aujourd'hui, ses chiffres macroéconomiques sont bons et sont montrés en exemple.

Mais les chiffres font du bien uniquement à ceux qui sont déjà riches et au capital étranger !


Les grands entrepreneurs ont l'habitude de dire à la télévision que maintenant, oui, le pays va par un "chemin correct" vers croissance.


Mais une croissance : vers où ? Vers quoi ?...


Pendant que j’écrivais cette histoire, ce lundi matin, la police est venue.


Un tribunal et la force policière ont jeté à la rue mon voisin, qui appartient pourtant à la classe moyenne, parce qu'il n'a pas payé son appartement …


Comme Bertolt Brecht aurait pu dire : quand viendront-ils me chercher à mon tour ?


Ernesto Carmona, est conseiller national du Collège des Journalistes du Chili, Secrétaire exécutif de la Commission Investigatrice d'Attentats aux Journalistes (CIAP) de la Fédération Latino-américaine de Journalistes (FELAP) et membre du mouvement Axis for Peace.

Traduction : Julie Collon, Investig’Action.